Grand Ski
Fin de siècle au bout du monde

Dur métier que celui de photographe : partir skier au bout du monde, au fin
fond de la Patagonie, seul avec deux nanas. Entre la brune et la blonde, mon
cur balance !
Jules Verne, Les enfants du Capitaine Grant, Deux ans de vacances, Le phare du bout du
monde, avaient forgé en moi lenvie de découvrir les terres australes. La fin du
siècle approchant, il me fallait aller à la rencontre de ce mythe, la terre de feu, la
Patagonie.
Je profite dun voyage programmé à Bariloche avec Carine Guyon, freerideuse de son
état, et Caline Wesley pour leur proposer de découvrir avec moi ces terres lointaines.
Quelques détails techniques mis au point, la course pour boucler le budget, quelques
coups de fil et hop ! en avant pour laventure.
La Polo a vraiment lair dune fourmi avec ses trois housses à ski, trois gros
sacs, trois sacs chaussures, trois sacs à dos, Carine, Caline et moi entassés dedans.
Embarquement au pas de course et nous voilà enfin dans lavion, où on retrouve un
petit groupe qui part faire des photos pour Rider, le magazine de snowboard : Doriane
Vidal, Sam Zartanian, Guillaume Chastagnol et Labaon, le cameraman. Décidément, le monde
est petit
Arrivés à Buenos Aires, ticket de bus en poche, on traverse la capitale argentine en
plein trafic matinal. La visite touristique prend rapidement fin : si on fait vite, on
peut encore attraper le premier avion pour Bariloche. Nous voilà retraversant au pas de
course une aérogare mais cette fois-ci, direction les montagnes.
Bariloche
Les parents de Caline, la régionale de létape, sont venus nous chercher à
laéroport avec une super Range TDI kaki et nous entraînent dans une
propriété pour aller voir les derniers chevaux quils vont acheter.
Le lendemain matin, plan dattaque. Nous partons vers les stations, à 19
km de Bariloche. Sur le plan des pistes, à droite, Catedral Alta Patagonia, largement
desservie par de nombreux télésièges. Pas de piste très facile pour débutants, mais
de nombreuses bleues et rouges réparties dans un demi-cirque avec un background
magnifique. Le tout bien damé, parfait pour le carving mais trop commercial pour avoir
une image de site freeride comme on les aime. Il semble que de la Pierra del Condor, on
puisse rejoindre de super hors-pistes dans la forêt mais faute de neige cette année,
seules les pistes damées étaient pratiquables.
A votre gauche, Robles Catedral, très sympa et vraiment freeride. De bons vieux
téléskis bien situés permettent des transitions vers des hors-pistes. Il faut marcher
un peu mais les runs que lon découvre ainsi sont magiques, avec des vues
jusquà 300 km sur les lacs et volcans de Patagonie et des rides magnifiques entre
les catedrals, dénormes rochers.
Histoire de séchauffer, nous commençons par la Punta Nevada, qui recèle de combes
et de couloirs pas très difficiles et sympas, idéal pour se mettre en jambe. En cas de
petite soif, allez à la Confituria Las Nobles. Pablo, la patron, connaît
tout le monde, les bonnes adresses et les meilleurs plans pour faire la fête. Tous les
riders français sarrêtent chez lui.
Ushuaïa
Après une longue soirée hautement philosophique et historique avec Jacques Pitte,
habitant Bariloche, ancien responsable du bureau détudes de la nouvelle station
dUshuaïa, notre départ pour la Terre de feu se matérialise. Seul problème : pas
de vol direct en hiver pour Ushuaïa, retour à la case Buenos Aires pour une journée de
voyage avec nos 200 kg de bagages. En arrivant à Ushuaïa, nous apprenons que le vol
suivant le nôtre sest scratché au décollage, faisant quatre-vingts morts ! Ce
jour-là, on remercie notre bonne étoile
Réveil, plafond bas, météo froide et humide, mais la magie du lieu nous tire du lit et
nous partons pour 27 km de route à la découverte de la station, entourée de montagnes
somptueuses. Nous nous retrouvons au pied dune forêt où on aperçoit un superbe
télésiège 4 places qui nattend que nous. Au pied, un parking et un bâtiment en
bois bien intégré au décor où il y a la caisse, un bar, un ski shop et lécole
de ski ! Première bonne surprise : Gaston Béguet, le directeur de la station, nous
accueille en français.
Arrivés au télésiège, air connu : les pylônes sont signés Poma et les filets de
départ Secomat Bozel ! Cest aussi une société française, Gem Ski, qui a le
marché de la billetterie. Absolument seuls sur le télésiège, on traverse le premier
tronçon dans la forêt. On enchaîne sur le deuxième tronçon de Las Piedras et après 1
600 mètres, on atterrit au sommet de la station : 967 m ! Japprends par la suite
que par rapport à la latitude, ces 967 m à Ushuaïa équivalent à 2 000 m chez nous.
Cela dit, ce nest pas le coin le plus haut de la Terre de feu : le sommet culminant
est le Yogan, à 2 460 m.
(...)Ski Français est en vente en kiosque jusqu'au vendredi 5 novembre 1999. Au delà, il
peut-être commandé au service abonnement .
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