NOUVELLE ZELANDE
Chroniques de lhémisphère Sud
Par Georges Grossi. Photos Colin Samuels

Chaque rêve se doit un jour dêtre réalisé sinon, il devient comme ce
petit caillou qui se balade dans votre chaussure et vous empêche de marcher
confortablement. Deux solutions : continuer davoir mal aux pieds ou prendre le temps
de sarrêter et denlever sa chaussure pour soulager son corps et son esprit.
Ainsi, je décidais de partir en Nouvelle-Zélande.
Le 8 août, je me pose à Auckland avec tout ce quil faut pour glisser. Je suis
surpris de voir que le ski et surtout le snowboard peuvent avoir autant de terrains de
jeux. Le 12 août, je quitte Auckland et son million dhabitants, direction Whakapapa
et Turoa, deux des plus grands domaines skiables du pays. Ces stations sont situées sur
les flancs dun volcan, le mont Ruapehu, de la chaîne volcanique du Central North
Island Tongarino National Park. Caractéristique de ce volcan : sa semi-activité
récente. Du haut de ses 2 796 m, il cracha son dégoût pour les sports dhiver en
répandant ses cendres et autres scories ardentes sur lor blanc en septembre 1995 et
fin juin 1996. Mauvais plan
Après six heures de bus au sud dAuckland, voici la première ville étape de mon
ski-tour : National Park, village situé à 823 m daltitude. A mon arrivée, je
crois mettre les pieds dans une ville-fantôme. Personne ! Et pour cause : primo, il
ny a pas beaucoup de monde dans ce bled et secundo, ça caille sec, surtout avec ce
bloody wind. Avec ce brouillard, je me demande où se trouve Whakapapa, la station la plus
proche, car le paysage est plutôt plat et proche des steppes. Pendant trois jours, je
reste tanké dans ce trou ! Une météo à faire peur aux habitants de Vladivostoc.
Malgré tout, je me rends à Whakapapa pour rencontrer Dave Mazey, le directeur de la
station, qui me parle du coin. Ce sera la seule photo que je prendrai : les belles
bacchantes de Dave
Retour chez Howards lodge, mon backpacker. Là au moins, il y a Sky (sorte de Canal
satellite) et jirai boire un polar bear au Eivins et taper la discute
avec Mary, une ancienne internationale de KL. De toute façon, le snow report nest
pas bon. Le week-end arrive et tous les Aucklanders déboulent. Mister Guy, mon hôte,
mavait prévenu : National Park est une ville en semi-activité elle aussi !
Le 16 août, je rejoins Ohakune pour skier à Turoa. Adios National Park, où jaurai
descendu plus de bières que de pistes ! Jarrive enfin dans la capitale de la
carotte, une ville qui bouge ! Je loge dans une auberge de jeunesse tenue par Kuini, une
Maorie. Lauberge a quelque chose de très famille, je suis invité par quelques
résidents pour une bouffe. Ça me change des pâtes et du riz quotidiens
Je me réveille très tôt pour prendre un shuttle direction Turoa. Le shuttle ressemble
à un énorme dinosaure. Il fait des zig-zags dans la ville et phagocyte tout ce qui
ressemble à un skieur ou un surfeur. Voilà Turoa. LAlpine lodge apparaît, perché
à 1 600 m. 400 hectares de domaine skiable et un point culminant à 2 322 m. Je retrouve
Hamisch Mc Pherson, marketing manager et mon guide. Après quelques questions, Hamisch me
demande si je sais toujours skier. Je souris. Passe devant, garçon, on
verra bien !
Labsence totale darbres et tous ces rochers volcaniques donnent au paysage une
autre dimension. Je découvre que les pires ennemis de ces stations volcaniques sont le
vent et la glace. Hamisch mentraîne sur la gauche de la station. Souvre alors
à nous un énorme champ, légèrement vallonné. Sur ma droite, je vois une immense
faille et en contre-bas, une autre aux allures de half-pipe naturel. Le paysage est
magnifique, je me sens vraiment ailleurs. Après quelques heures, Hamisch mabandonne
et je tente la partie droite de la station. Lenfer ! Le terrain est superbe mais la
neige horrible : jaurais dû chausser des patins à glace. Le vent a shapé des
millions de tacons de glace, à vous secouer la moelle épinière façon marteau piqueur.
Dommage car avec une meilleure neige, il y aurait dénormes possibilités de
freeride, de sauts de barres
Pour les amoureux du ski de rando, il y a aussi des
trips sympas. Le volcan offre de sérieuses possibilités en snow comme en ski, mais les
conditions de neige sont aléatoires dans le coin, mieux vaut attendre le printemps
en octobre.
Le 20 août, jembarque pour lîle du Sud, Terra Skiabilita. Une île qui
faillit être française il y a fort longtemps, ce qui aurait été plus cool pour la
langue et les visas. La traversée dure environ trois heures avant larrivée sur
Picton. De cette charmante cité, je gagne Christchurch par bus, la ville principale de
lîle du Sud. Nous traversons le petit village de Kaikoura, arrêt recommandé pour
tous les dingues de dauphins ou de baleines. On vous emmène en bateau découvrir les
cétacés qui peuplent la baie. Pour ma part, je naurai vu quun
petit troupeau de cinq cents dauphins et trois baleines.
Me voici donc à CHCH (Christchurch), idéalement situé pour commencer son trip car
proche de sept stations de ski du Canterbury. CHCH est une ville très décontractée,
animée et éclectique. Le nombre de personnes tatouées et piercées est impressionnant.
Le soir, je marche dans Manchester street, il neige (fait assez inhabituel), de gros
flocons tombent sur la ville, située pourtant au niveau de la mer, illuminés par les
lumières des magasins. On se croirait à Noël en France
Jattaque mon tour non par les stations du Canterbury mais plus au sud, en
commençant par Wanaka, petit village au bord du lac du même nom et bien situé pour
aller rider à Cardrona et Treble Cone. Peu de logements bon marché à Wanaka : une
petite YHA (auberge de jeunesse) et quelques backpackers souvent pleins. Jopte pour
la YHA, où latmosphère est très japonaise (lîle nest pas loin et
offre un terrain de jeux de qualité et bon marché). Très bons cuisiniers, les Japonais
transforment la cuisine en véritable resto chinois. Ça coupe-coupe, ça assaisonne avec
rythme et précision. Javais un peu lair con avec mes pâtes au beurre gavées
de fromage
Le lendemain de bonne heure, je quitte lauberge avec un shuttle. Il y a pas mal
dauto-stoppeurs sur la route, le petit van emprunte la seule route pour monter à
Cardrona. Comme quasiment toutes les routes menant aux stations de lîle du Sud,
elle est en terre. Ce jour-là, le soleil brille et il ny a aucune trace de neige
sur le chemin, sinon il aurait fallu chaîner les quatre roues. Après une trentaine de
minutes, nous arrivons à Cardrona. La vue est superbe, les montagnes que japerçois
font partie de la Pisa Range, les sommets très arrondis sont saupoudrés de neige. Leurs
bases très plissées et découpées laissent apparaître une couleur marron fauve. Il
ny a pas de trace de béton dans la vallée, cest encore sauvage.
Je prends le quatre places qui me conduit au sommet des pistes. On peut découvrir au loin
le mont Aspiring. On aperçoit aussi, si lon prend la piste Skyline, le lac de
Queenstown (Wakatipu). Je retrouve les deux guides qui vont maccompagner. La neige
est bonne, la pente assez inclinée, les guides samusent et je les imite. Je repère
un peu plus tard du hors-piste safe. Je marche une quinzaine de minutes et je me gave de
neige limite transformée mais encore bonne. Sur 400 mètres de pente, je skie enfin de la
profonde. Cest bon, beau et quasi vierge.
(...)Ski Français 346 est en vente en kiosque jusqu'au
vendredi 13 août 1999. Au delà, il peut-être commandé au service abonnement .
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