VAIL DE A à Z
Too Kjus !
Par Gilles Chappaz. Photos Zoom

Pour les derniers Championnats du monde de ski alpin du siècle, la Fédération internationale de ski n'a pas voulu prendre de risques. Elle a confié leur organisation à Vail (Colorado) et à sa petite sœur Beaver Creek. Il y a tout juste dix ans, en 1989, les deux stations branchées et luxueuses avaient déjà bénéficié de ce même honneur. Les dirigeants internationaux se sont à nouveau laissé séduire par la nature du relief, la qualité de l'enneigement, la beauté du coin, le très grand savoir-faire des organisateurs, la capacité d'hébergement, la facilité d'accès des lieux ou encore la solidité des partenaires financiers. Les Mondiaux 99 - The Last party of the Century (! ) - ont tourné la page. De A comme Autriche à Z comme Zali (Steggall), en passant par K comme Kjus, voici l'essentiel de ce que la mémoire doit garder gravé en lettres d'or !


A comme Autriche
Depuis 1989, et après une décennie 80 bien décevante, marquée par un honneur bafoué et par la domination de l'ennemi hériditaire suisse, l'Autriche ne cesse de (re)monter en puissance. La politique de formation et de détection des champions, animée aujourd'hui par le très charaismatique et compétent Hans Pum (directeur des équipes nationales autrichiennes), porte des fruits magnifiques. Le credo de Pum repose sur des principes simples adaptés à l'air du temps. Le ski est devenu un sport de combat, “donc”, dit-il, “il faut pousser les gars à atteindre leurs limites jusqu'à la dernière étincelle. Il doivent se balancer, se sortir les tripes pour gagner.”
Musculation à outrance, parachutisme, escalade, parcours du combattant, plongée sous-marine, saut à l'élastique : tout est bon pour façonner des molosses au caractère de guerrier, des gagneurs ! Et ça marche. L'Autriche présentait à Vail sa plus forte équipe de tous les temps.Carton presque plein, si l'on veut bien oublier la contre-performance des slalomeurs : treize médailles sur trente, presque du 50 %. Avec trois champions emblématiques : Alexandra Meissnitzer, Renate Goeschl etHermann Maier.
Cette domination est-elle une bonne chose pour le ski ? A voir… Et est-ce qu'elle va durer ? Pas forcément si l'on croit ce qu'écrit Serge Lang dans Biorama : “On retiendra qu'à la domination d'une nation correspond toujours un passage à vide de toutes les autres forces. Une situation hautement instable et jamais durable. Attendons donc la suite avec la plus grande attention (…) Le temps durant lequel s'exerce une telle domination est limitée. L'usure commence par se manifester à l'intérieur des formations dominantes sous l'effet de rivalités grandissantes, à mesure que la résistance s'exerce à l'extérieur.”

B comme Birds of prey
Enfin une piste de descente à la hauteur outre-Atlantique. La piste des Oiseaux de proie est un modèle du genre, avec des vrais-faux airs de Kitzbühel et Bormio. Beaver Creek 99 (tiens, c'est l'adresse de l'ancien président US, Gérald Ford au sommet de la colline !) est la fierté des Américains, des organisateurs et de tous les habitants du coin. Elle s'imposait comme une évidence si l'on en croit le secret de sa naissance racontée par le luxueux Beaver Creek Magazine : “Comme Michel-Ange fixant un bloc de marbre et imaginant ce qui allait être son David, l'un des fondateurs de Vail, Pete Seibert, plongea son regard dans une des parties les plus raides de la face de la montagne de Beaver Creek, il y vit une piste de ski qui ne demandait qu'à naître. Il fit appel alors à Bernhard Russi…” Le champion olympique de 1972, reconverti architecte des pistes, a une nouvelle fois bien fait son boulot. La victoire de Maier devant Kjus et Knauss était le meilleur compliment possible à cette piste et à son créateur. Comme ils disent là-bas : “It is the icing on the cake !” La cerise sur le gâteau.

C comme C'était comment Vail ? (avec sa variante : c'était bien Vail ?)
A la question-type au retour, réponse-type : “Plutôt pas mal”. Beaux champions, belles épreuves, bonne organisation : les Mondiaux 99 sont d'un très bon cru. La prestation des Français ? Conforme à ce qu'on pouvait attendre compte tenu des blessures, des résultats du début de saison, de la santé générale des équipes… Pas de miracle à l'Ouest !

F comme Flo de France
Heureusement, la France a Flo ! Flo (Masnada), l'honneur en bronze d'une équipe orpheline de ses leaders et un rien déboussolée dans le combat du haut niveau. Flo a trouvé la bonne combine pour collectionner les médailles. Après Albertville 92 et Morioka 98, Vail 99 ! Pour sa dernière saison de compèt', Florence est arrivée à Vail avec la ferme intention de faire un bon coup et un moral à toute épreuve. Exemplaire, le capitaine charismatique de l'équipe de France féminine a assuré le coup et empêché l'équipe de France de rentrer capot à la grande satisfaction de nos 0, fédéraux. Et en plus, elle a su consoler et conseiller ses copines - Carole Montillet en tête -, si tristes d'être passées à côte de leur course. Une chouette fille, Flo !

G comme Genoux
L'équipe de France à genoux. Après Crétier, Vincent Blanc, David Prétot, Frédéric Marin-Cudraz, Nicolas Burtin et Régine Cavagnoud se sont à leur tour “fait les croisés” en accusant réception des grosses bosses.locales. Comment on dit scoumoune en américain ? Régine, favorite des épreuves de vitesse, et Nicolas, outsider de ciconstance, rêvaient de médailles. La première est rentrée se faire opérer par le Dr Chambat, le second a profité d'être sur place pour confier son articulation en compote au célébrissime Dr Steadman, douze mille opérations à son actif. Burt-l'encastré en a eu pour son argent : 15 000 dollars !

H comme Hermann
Ou H comme Héros, Human Bomb, Hypersonique, Historique, Herminator…C’est dans la tête que se construit le succès et s’inventent les évolutions. La folie personnelle d’Hermann Maier lui autorise toutes les audaces. De celles qui poussent ailleurs les limites d’un sport.. A condition bien sûr que le physique, la technique, la tactique suivent…
Hermann Maier a tout le kit. Avec en prime une incomparable acuité visuelle, un sens inné de la course et une faculté d’improvisation hors du commun.
Animé par le besoin de faire oublier son extraordinaire cabriole de la descente olympique de Nagano perdue par KO sur le tapis blanc de son ambition démesurée, Maier a pris la piste de Birds of prey à bras-le-corps. Comme un défi. “Sur le haut du mur”, dira-t-il plus tard, “j’étais un peu trop vite. J’ai skié de façon, disons, sauvage. J’étais terriblement agressif, alors j’ai frôlé les portes comme en slalom géant. Skier si près des piquets est bien sûr dangereux, mais je me disais qu’il était impossible que je fasse le même crash qu’à Nagano. Pas deux fois la même chute ! C’était merveilleux de skier sur cette piste. Elle est si engagée…C’était un grand moment ! Et puis, c’était les Championnats du monde. J’étais un peu plus motivé que d’habitude…” Jamais encore un descendeur ne s’était permis à tel point de transposer à cent à l’heure les gestes du géant, allant jusqu’à exploser les portes au risque d’enfourcher. “Parce qu’un titre mondial était en jeu”. Et avec lui une question de suprématie mondiale à chiper à Kjus, son surpuissant alter ego.

(...)Ski Français n°345 est en vente en kiosque jusqu'au vendredi 4 juin 1999. Au delà, il peut-être commandé au service abonnement .

Retour au sommaire