Allô la neige ?! Bonjour l'Etna
Texte et photos Mark Buscail

Lhiver tardant à faire son entrée cette année, il a suffi
de faire tourner le globe posé sur le bureau pour découvrir que la Sicile, ses cinq
millions dhabitants et sa montagne mythique, lEtna, serait la destination
parfaite pour placer nos spatules dans des trajectoires de neige et de lave.
Toute la genèse de la vie est ici présente, la mer, la neige, le vent et le feu !
Partis de Turin pour un vol de 1 h 15 en direction de Catane, Stéphane Heyraud et Fred
Morras se demandent un peu, en survolant la Méditerranée, ce quils vont
découvrir. Ils se sont laissés entraîner par les deux frères maestro de sci, David et
Alessandro Tomasello, rencontrés aux 2 Alpes mais authentiques Siciliens de Paterno. A
larrivée sur laéroport de Fontanarossa, nous apercevons le chaudron de
Vulcain sur laile gauche de lappareil.
Avant de monter au refuge-hôtel de Provenzana à 1 850 m daltitude, sur la face
nord-est du volcan, notre première occupation consiste à aller dévorer des spaghettis
à lencre de seiche et à nous repaître de la pêche de la journée dans le petit
port de Santa Maria La Scala, à 15 km de Catane. Le tout arrosé du fameux vin de
lEtna, qui fleurte non loin des 13 degrés et glisse comme la lave sur le volcan :
en douceur, mais avec efficacité !
Sortis de la ville baroque de Catane, il nous faudra parcourir une quarantaine de
kilomètres pour atteindre la station privée de Provenzana. Les cinq téléskis de la
station permettent dévoluer dans une zone composée de forêts et danciens
cratères éteints : on en recence cent trente de tailles et de diamètres différents sur
toute la surface du volcan. Le sommet de la station culmine à 2 450 m, et de ce
belvédère du versant nord, on peut découvrir le détroit de Messine et la Calabre, qui
un jour peut-être seront reliés par un pont suspendu.
Du point culminant des remontées, on accède à quelques hors-pistes qui ne manquent pas
dintérêt ou à des cratères éteints dont certains ressemblent à des snowparks
en forme dentonnoirs quil est plaisant de dévaler dun côté pour
remonter de lautre. Le terrain est ludique pour qui sait sen servir.
Lascension de lEtna demandera quatre à cinq heures en partant de Provenzana,
à 2 450 m, pour atteindre les 3 360 m du sommet dans des conditions parfois délicates
qui nécessitent de partir avec un bon équipement. Litinéraire contournant le
volcan vers louest nous expose en effet à des vents de plus en plus violents au fil
de la progression. Il ne faut pas prendre lascension de lEtna à la légère
car par mauvais temps, il est facile de se perdre ; les avalanches ne sont pas à craindre
mais deux cents grottes recencées, formées par la lave et de plus ou moins grande
taille, peuvent se transformer en pièges surprenants et peu communs pour les habitués
des Alpes. La qualité de la neige évolue de telle manière quà cette latitude, en
une journée, on peut rencontrer les neiges des quatres saisons : poudreuse, neige froide
et mate pour bons skieurs, glace et neige de printemps.
Nous arrivons au sommet par Bocca Nova sur la face ouest. Pour la première fois, le vent
douest, qui souffle violemment à cette époque de lannée et devient de plus
en plus fort au fur et à mesure de la progression en altitude, devient notre allié.
Etant au vent du cratère, cela nous évite de prendre sur la tête les scories qui
séchappent vers le ciel à chacune des explosions. Steph, Fred, David et Alessandro
prennent un malin plaisir à tracer quelques courbes du haut de Bocca Nova, accolé au
cratère central. Nous navons pas vu les centaines de cyclopes de la légende, pas
plus quUlysse dailleurs
Un dernier regard en direction de la bouche de 500 m de diamètre et nous amorçons la
descente vers 17 heures, alors que les lumières commencent à devenir chaudes et
enveloppantes au pied du volcan. Sur la face sud, on aperçoit la ville de Catane et la
mer. Dans le haut de la traversée qui nous ramène vers la station de Nicolosi, nous
traversons quelques pentes de neige criblées de projectiles envoyés quelques instants
plus tôt : il ne faut pas séterniser et continuer la descente vers le refuge
K, à 2 200 m.
Lorsque nous arrivons, les premières lumières de la ville sallument en contre-bas
et se reflètent dans la mer. Le gardien du refuge nous attend, avec des spaghettis et une
goutte de Lemoncello, liqueur locale à 30 degrés très prisée à base de citron, sans
omettre le feu de cheminée. Ici, une nuit en refuge na rien dun hébergement
approximatif. On dort dans de vrais lits individuels, dans des chambres de quatre à cinq
personnes. Après une bonne nuit, vous vous apercevez au réveil que vous êtes sur les
pistes et à trois cents mètres au-dessus de la station.
Nous passons la matinée à skier sur les pentes de Nicolosi, équipées de quatre longs
tire-fesses et dune télécabine 6 places atteignant la cote de 2 500 m et dont le
deuxième tronçon a été détruit par les coulées de lave: il ne subsiste que le
bâtiment dénommé le refuge du philosophe, à 3 000 m. A un quart
dheure à pied en partant vers lest, nous découvrons toute la sauvagerie de
la Valle del Bove (vallée du buf) dont les traces de lave les plus récentes
remontent à 1993. Endroit surprenant, immense, un endroit de grande solitude, déjà la
lune !
(...)Ski Français n°345 est en vente en kiosque jusqu'au vendredi 4 juin 1999. Au delà, il peut-être commandé au service abonnement .