Ski Français n°341 : l'interview d'Edgar : Arno Adam : "je suis un glisseur"

L'interview d'Edgar
Arno Adam :
« Je suis un glisseur »


Avant de crier haro sur les champs de poudreuse qui nous attendent l'année prochaine, il faut s'arrêter sur l'homme qui, d'une manière élégante, nous a apporté ce que, pas même trente ans auparavant, un Français n'avait ramené : un titre de champion du monde de ski extrême. Rencontre avec un freerideur devant l'éternel, qui craint la montagne autant qu'elle le fascine, fidèle à la discipline de vie qu'il s'est choisie et qui se dit d'une nature peureuse !

Qui es-tu ? D'où viens-tu ?
Arnaud Adam, vingt-six années depuis le 19 décembre 1971, né à Besançon dans le Doux. J'habite les Houches, vallée de Chamonix...

Comment as-tu atterri ici ?
Grâce à mon père qui voulait nous sortir de la ville ! Il était amoureux de la montagne, son boulot lui permettait de s'installer un peu n'importe où, il nous a pris, mes deux frangins et moi, pour ce petit coin de paradis...

Tes frangins ont la même passion que toi pour cette montagne ?
C'est moi qui ai, aujourd'hui, le plus le feu pour la montagne. Mais mon grand frère m'a montré la voie ; il faisait du monoski, il a rencontré des furieux comme Glen Plake (ndlr : le fameux skieur américain à la coupe de cheveux d'Iroquois. A l'époque, il venait passer l'hiver aux Grands Montets et le printemps, il travaillait sur les chantiers comme charpentier, toujours dans la vallée).

Tu as commencé le ski en arrivant ici ?
Non, mon père nous emmenait dans le Jura d'abord, mais aussi par ici car nous venions de Besançon pendant certaines vacances.

Moi aussi, j'ai commencé dans le Jura ! comme quoi, ce n'est pas incompatible avec le ski...
Même pas ! (rires)

Quel a été ton parcours en ski  ?
Quand je suis arrivé dans la vallée, j'entrais en 6e au collège. Malheureusement, je n'avais pas le niveau pour être en ski-études, alors je me suis inscrit au club des sports des Houches. J'y ai pratiqué le slalom et le géant. Mais l'expérience ne m'a pas vraiment emballé, alors je suis vite parti du côté des Grands Montets pour skier seul ou avec mon frangin et ses potes...

Ce n'est pas une "filière" classique  !
Disons que j'ai fait environ cinq ans au club, et pas au niveau des meilleurs de ma catégorie. En plus, je devais d'abord être fort à l'école, le ski passait après. Mon père y tenait beaucoup...

Comment es-tu arrivé à ce niveau alors ?
Après avoir quitté le club, j'ai beaucoup ridé aux Grands. J'adorais ça. Je regardais, j'observais les pros du coins, j'essayais de les suivre, de les imiter, le mimétisme... Je lisais aussi beaucoup les revues de ski pour voir les positions et les attitudes des mecs en photos...

Autodidacte ?
Exactement.

Côtoyer l'univers chamoniard t'a-t-il donné envie de grimper ?
Non ! Je n'aime pas pendre ma vie à un bout de corde... J'ai le vertige et je préfère la montagne par les sensations de glisse qu'elle peut me procurer... Je suis un glisseur.

Les contests de ski extrême sont-ils une évolution naturelle à la forme de ski que tu as choisie ?
Oui... J'avais vu les mecs qui le faisaient, j'avais vu des contests et je me suis dit que je n'étais pas si loin que ça du niveau... Avec de l'entraînement, je pensais pouvoir être des leurs...

Tu t'es imposé quel genre d'entraînements ?
D'abord et avant tout, j'avais un job et il fallait que je le garde. Alors je me suis entraîné seul, sans rien dire à personne... En fonction de ça, je me suis imposé une discipline, j'ai travaillé mes lacunes, contrôle et sauts. Et tout au long de l'année, j'ai fait des entraînements physiques hors période de ski, puis techniques sur les planches.

C'est pas facile de s'imposer une discipline de vie quand on est jeune. On a plutôt envie de choisir les solutions de facilité, non ?
Moi, j'avais envie de skier, et puis j'ai appris la discipline en étudiant les maths dans un premier temps (bac F4-génie civil ou architecture), mais surtout à l'armée dans un second temps.

L'EMHM (Ecole militaire de haute montagne).  ?
Oui, ils m'ont apporté la caisse physique et le goût de se lever tôt pour atteindre des objectifs - en l'occurrence ici, la montagne. C'est dingue comme la montagne est plus belle le matin... Certains ne l'apprécient pas de la même manière quand ils se lèvent vers 11 heures, la tête embuée...

Qui sont les mecs que tu admires et qui t'ont inspiré dans le ski ?

(...) Suite de cet article dans Ski Français n°341. Ce numéro est en vente en kiosque jusqu'au vendredi 23 octobre 1998. Au delà, il peut-être commandé au service abonnement .