L'or pour du beurre Comme une impression de malaise. Qui ne fait que croître sournoisement depuis pas mal d'années. Une décennie bon poids. Souvenez-vous. On n'avait pas encore traversé des hivers sans neige, le snowboard sortait à peine de l'oeuf et surtout, après tant et tant de galères, l'équipe de France de ski regagnait le terrain perdu et retrouvait la piste des sommets. On était en 1988. Un type bien sous tout rapport, l'excellent Franck Piccard - qu'il faudra bien un jour fêter pour l'ensemble de son oeuvre (en cours) - devenait champion olympique à Calgary. On se disait que le ski de compétition était décidément une bien belle invention. Qu'il restait une valeur sûre. Et que les résultats aidant, il allait, chez nous, séduire et (re)conquérir tous les partenaires de la neige, à commencer par tous les "institutionnels" qui savent si bien, quand ils le veulent, utiliser l'image valorisante des champions. On se disait alors que tous ceux pour qui l'exploitation de l'or blanc est le fonds de commerce (stations, exploitants de remontées mécaniques, promoteurs, hébergeurs, et autres "gardiens" du temple) sauraient aider d'autres skieurs à grandir et à devenir à leur tour des sportifs de haut niveau. Qu'ils ne se contenteraient plus, comme ils l'avaient fait si souvent, d'accourir en rang serré au secours de la victoire... Tu parles ! Malaise on vous dit. Car en dehors des si fidèles pools des fabricants et Ecole du ski français, qui joue vraiment le jeu ? Les exploitants de remontées mécaniques ; et puis ? Voilà la Fédération française de ski contrainte de faire la manche et les coureurs obligés de pleurer misère. Au dernier congrès de la FFS à Dijon, les seules mesures spectaculaires annoncées concernaient des coupes sombres de budget : deux millions en moins pour le ski artistique, un million pour le nordique, plus de stage en hémisphère Sud pour les descendeurs, etc. On veut bien admettre qu'en cette période d'éclatement des pratiques, de sur-médiatisation de certains sports et de sous-médiatisation d'autres, le ski de compétition n'a plus franchement le vent en poupe ; mais tout de même... Si l'on considère à la fois que beaucoup d'argent circule dans le monde de la neige, que tout notre système sportif tourne vers ce but ultime - le titre olympique - et que justement, l'Everest des skieurs, le titre olympique de descente, a été décroché cet hiver grâce à l'épatant Jean-Luc Crétier, on ne comprend pas, mais alors pas du tout, pourquoi la France de la neige se montre aussi frileuse pour y aller de son soutien inconditionnel alors que les bons résultats des champions profitent, directement ou indirectement, à tous. Y a-t-il en effet meilleur slogan publicitaire que la médaille d'or de Jean-Luc ou celle de Karine Ruby pour faire passer le message d'un savoir-skier et d'un faire-savoir skier à la française ? Savez-vous, par exemple, qu'en "prélevant" quelques dizaines de centimes sur les seuls forfaits journaliers vendus pendant l'hiver aux quatre coins de nos massifs, on pourrait financer sans problèmes les frais de fonctionnement de toutes les équipes de France de ski. Pourquoi ça ne se fait pas ? La politique a ses raisons qui ignorent les sportifs... Ski Français n°341 est en vente en kiosque jusqu'au vendredi 23 octobre 1998. Au delà, il peut-être commandé au service abonnement.
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