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Toponymie Louis Dollo, 19 février 2000 Toponymie : Pène,
Peña François Masselot, 20 février 2000 La signification que donne Louis pour Pène, "rocher vertical", correspond bien à ce que j'ai vu, lu (et dit dans mon précédent message) sur la racine"pen". Va donc pour "Pène" = "rocher vertical". Pour répondre formellement à la question de Louis : existe-t-il un terme similaire dans les Alpes. Oui dans le domaine provençal : Les Pennes Mirabeau a été donné en exemple. Citons plus au nord les Alpes Pénines (également sur la racine "pen"), qui désignent à peu près l'actuel Valais. Les Alpes Pénines furent nommées ainsi par les romains qui les traversaient par le col du Grand Saint-Bernard et l'appellation perdure encore. Le mot vient du dieu Penn, vénéré dans la région et lié à la montagne. Des sanctuaires ont été retrouvés par les archéologues dans la région du Grand Saint-Bernard, ce qui permit d'établir ce fait. Que la montagne se dise "pen", ou le dieu de la montagne s'appelle "penn" revient au même : il fut une langue où "mont", "montagne", "alpe" se disait "pen", ou du moins était construit sur cette racine. Y-a-t-il d'autres Pène" dans le domaine des langues germaniques ? Il faut chercher ! François Masselot, 20 février 2000 Ben mince alors ! Y'en a même en Bretagne ! Sans plaisanter, c'est quand même assez étonnant, mais surtout c'est fort intéressant. On retrouve donc cette racine "pen" dans les Pyrénées, dans les Alpes, en Provence, en Bretagne, en Italie, du moins jusqu'à maintenant (je crois n'avoir rien oublié de ce qui a été signalé dans les messages). Il y a fort à parier que demain ou dans les jours qui suivent, certains signaleront qu'elle se retrouve dans d'autres régions ou dans d'autres pays. D'ici à ce qu'on découvre que le mot anglais "pen" (stylo, crayon) ait la même origine, par des détours linguistiques insoupçonnés au fil des siècles... Et je ne sais pas s'il y a un trou à 46800 Montcuq... Ce n'est pas impossible ! Si mes connaissances ne me font pas défaut, 46 c'est le Lot, et j'y ai fait quelques séjours pour explorer quelques cavités (causse de Gramat). Ceci dit, je ne suis jamais allé à Montcuq. Mais petite anecdote personnelle : une copine de bureau y est passé il y a quelques années, lors de ses vacances d'été ; elle nous a envoyé une carte postale de ce village sur laquelle était écrit "Bons baisers de Montcuq" ! A son retour, on lui a fait remarquer la chose, qui avait quelque chose de vaguement désobligeant :-) Elle ne nous a pas crus sur l'instant, mais quand on lui a montré sa carte, elle en a rougi de confusion, ce qui nous a aussi bien fait rigoler ! Mais elle nous a précisé qu'elle n'avait pas prêté attention à cette inscription sur la carte, lorsqu'elle l'a envoyée. Aujourd'hui encore, j'ai des doutes... :-) Gérard Renon, 21 février 2000 Les anciens savaient lire des symboles partout, et savaient nommer ces lieux avec beaucoup de poésie... et sans tourner autour du pot ! Il est vrai que nos montagnes ont des formes évocatrices tant vénusiennes que viriles. je pense aussi à la toponymie de certaines cavités aux noms assez franc de trou madame ou trou joli. Sans pour autant utiliser ce registre chargé de sens (!), je songe à nos maires de nos chères communes qui n'ont souvent pas beaucoup d'imagination pour nommer une nouvelle rue, un nouveau quartier. Il est loin le temps où on savait aussi lire le paysage au-delà du premier degré. Pierre Witt, 21 février 2000 Dur de partir quand on un Pene en tête. Je ne crois pas que Pene signifie systématiquement un sommet ou une pointe. Il a surtout une signification de "rocher" et de "verticalité". Bien sûr il peut s'agir de sommet mais pas obligé : il y a des falaises comme j'ai déjà cité. Quand on parle verticalité je pense qu'il faut l'entendre aussi au sens de "pentu". Pour les sommets nous avons d'autres traduction comme le "soum" ou le "Puig" en catalan. Si des Catalans sont sur la liste peut-être donneront-ils une signification à Puigcerda ? Il faut noter qu'en bigourdan et béarnais, (probablement d'origine occitane), nous avons le mot "pala" pour signifier une pente raide et unie. Par contre, la pente peut se dire de diverses manières : costo, costa, cousteilh. Ce qui est différent de "Pene" qui distingue bien "le rocher" et la "verticalité". Et puis, sans signifier expressément la "pente", nous avons un terme "la héche" qui se trouve toujours dans une pente (hècho, hècha, hacha) Pour signifier la crête, il y a les noms de "serro" et "serra" et un terme voisin comme "sarrat" qui signifie plutôt une crête herbeuse. Les termes de "gango", "ganga", "quinta" signifient des crêtes faciles, lieu de rendez vous de la bergère et du berger peut être... Même chose pour la séde, sèdo, sèda... Pour les sommets, il y a aussi les termes de turon (Turon de Néouvielle), turoun, tuhou qui sont des mamelons (dont pas d'idée de verticalité ou de rocher). Il y a aussi le tuc, tic, (pas de tac et toque), ticou, tuque ou bien, le cap ou le cat. Mais d'une manière plus générale, c'est le soum qui indique le sommet. mais il y a aussi le moun ou mount mais sans difficulté de verticalité ou de rocher particulière. Par contre bigna, vigna, sont des hauteurs sévères et difficile d'accès. De la même manière, pic ou piqua. François nous signalait un ouvrage. j'en profite pour en signaler un autre La toponymie, la vie des hommes de la montagne dans les Pyrénées, de Marcellin Berot, édité par le Parc National des Pyrénées et les éditions Milan ISBN : 2.84113.736.8 prix : 148 F Bonne lecture et bonne recherche à tous. Louis Dollo, 21 février 2000 Non. Le radical "pen" en latin signifie plume (ou aile) : en provençal, ratepenade = chauve souris (souris ailée). De même "empennage". Daniel Taupin, 21 février 2000 Dans la série "pen", il me semble me revenir que le "penn" breton (celui de Tabarly) s'écrit avec deux n et signifie "Tête". Décidément, la montagne mène à tout. C'est pour ça que je l'aime (entre autres). On croit faire de l'alpinisme, et on se retrouve dans la peau d'un linguiste-philologue... Etonnant, non ? Jean-Charles Neel, 21 février 2000 (...) Gérard Renon, 22 février 2000 Pour abonder dans le sens d'une origine en partie celte de "pen", on peut aussi aller voir du côté de l'Ecosse ou l'Irlande ou les sommets se disent souvent "Ben" ou "Bheinn". La différence étant que cette expression signale plutôt un "mont" généralement moins escarpé qu'un pic ou une falaise... Un "pen" au repos, en quelque sorte... ;-) Quelqu'un sait-il parler portugais ? Car c'est sans doute la seule langue d'origine celte parlée couramment de nos jours... Olivier Lacaille, 22 février 2000 Précision concernant Patrick Morel, 22 février 2000 Le mot breton "pen" (tête) se retrouve dans le mot bien français "pingouin", qui vient du breton pen gwen (tête blanche) et désigne l'oiseau à tête blanche des contrées polaires, que les marins bretons découvrirent et nommèrent. L'anglais a le même mot ("penguin) dont la forme est plus proche de l'original des langues celtiques. Le fait même que l'on retrouve dans plusieurs langues dont les aires de répartition sont disjointes (breton, provençal, catalan, castillan) permet d'affirmer que cette racine est antérieure à toutes ces langues, et probablement appartenait à la langue qui fut leur ancêtre commun. Il y a un glissement sémantique de la racine pré-indo-européenne "pen", qui désigne une hauteur escarpée vers le breton "pen", qui désigne le haut du corps humain : la tête. Le sens original est appliqué à un autre contexte et le mot change de sens. La Bretagne n'étant pas célèbre pour ses montagnes escarpées, comme l'a fait remarquer Patrick, ce transfert de sens s'explique d'autant mieux, car l'idée originale n'est pas une réalité bretonne. La valeur oronymique disparaît en Breton et devient "pointe", "extrémité". Par contre, dans les Pyrénées, Pène, Peña a bien gardé le sens de la racine "pen" (rocher abrupt). En fait, c'est l'inverse : en constatant que le sens est identique en Provençal et dans les Pyrénées (et ailleurs), on en déduit que la racine doit avoir une valeur oronymique. Et ça, on ne pour jamais le vérifier, car les langues anciennes ont disparu sans laisser de trace. La linguistique n'est vraiment pas une science exacte ! François Masselot, 22 février 2000 Toponymie : Pène,
Peña François Masselot, 22 février 2000 Veuillez noter que le portugais est bien une langue latine et non celtique. Les langues celtiques se divisent en deux sous familles : le breton (parlé en petite Bretagne), le gaélique (ou gallois, parlé au pays de Galles) et le corniqu (cournouailles) ainsi que, d'un autre côté, le gaulois (langue morte), qui a enfanté l'écossais, l'irlandais et le mannois (qui se parle Dahut sait où :-). Pour mémoire, les langues romanes, (qui ont pour ancêtre le latin) sont le français, l'espagnol, le catalan, le provençal, le portugais, l'italien et le roumain, plus des dialectes. Notons que le basque appartient à la famille dite déné-caucasien et est apparenté, entre autres, au caucasien (la langue des Tchétchènes), le iénisséien (centre de la Sibérie), le chinois et le navajo (tribu indienne des réserves du Texas). Le basque constitue un exemple d'école d'isolat linguistique. François Masselot, 22 février 2000 La toponymie fait cliqueter les claviers des alpilistiers. C'est sympa et enrichissant. La lecture des cartes doit être un dénominateur commun sur l'Alpiliste, et les échanges sur la toponymie me vont mieux que les joutes verbales passées. Lire une carte est déjà le commencement d'un voyage, d'une course. Quand en plus on s'amuse à décrypter les noms des lieux, on touche à l'histoire, aux symboles. La toponymie va bien au-delà de la topographie. C'est le paysage par le verbe. Je ne sais pas quel rapport vous avez avec les cartes, mais moi je les lis comme un bon roman et vous ne douterez pas que j'ai une prédilection pour celles qui proposent du relief. A part ça, je suis content d'apprendre que les Portugais parlent breton ;-) On est tous frères... Pierre Witt, 22 février 2000 Le portugais langue celte... Enfin, euh... , non, mais euh, pfff, , c'était un joke, histoire de prêcher le faux pour savoir le vrai... Bon, ben... je crois que j'ai grand besoin de vacances !... ;-) Olivier Lacaille, 22 février 2000 Je partage assez la passion de Pierre pour les cartes. On avait déjà abordé le sujet dans un précédent débat sur la cartographie : photos satellites, photos aériennes, cartes en relief, cartes à courbes de niveau... Plus l'échelle est grande, plus il y a de toponymes. Les cadastres sont en général au 1/5 000 ou 1/2 500, et depuis que je fréquente les mairies pour ausculter les plans cadastraux napoléoniens, la cartographie change d'échelle. C'est le cas de le dire ! Pour votre gouverne, l'IGN dispose d'une base de donnée informatisée qui regroupe l'ensemble des toponymes de la série bleue au 1/25 000, soit environ 2 millions de toponymes sur le territoire français. Cette base de données sera accessible au public le 9 mars. J'attends cette date depuis plus d'un an et mon impatience grandit à l'approche de celle-ci ! Je suis curieux de voir comment cette importante source de données pourra être exploitée. Bien que ce nombre ait l'air grand, cela ne représente que le quart de la tradition écrite (toponymes que l'on trouve dans les archives, les cadastres...). Les indigènes d'une région utilisent cinq fois plus de toponymes que la tradition écrite (tradition orale). Les cartographes ont des contraintes : les lieux verticaux par exemple leur laissent une place nulle pour en écrire le nom. Ainsi le toponyme "les Ecrins" désignant les sources au pied de la face Sud du plus haut sommet de l'Oisans, fut placé par le cartographe du 18e siècle au nord de la face, donc sur le sommet et la montagne s'en trouva ainsi baptisée, ironiquement et par erreur de lecture, du nom des sources situées à ses pieds. Le sommet des Ecrins, invisible depuis la vallée, n'avait pas encore de nom. François Masselot, 22 février 2000 D'après un vieux bouquin (Isselin si je ne me trompe), les Ecrins s'appelaient auparavant Pointe des Arsines. Daniel Taupin, 22 février 2000 Ces courriers de lecteurs vous ont intéressé ? (20 messages, 11 auteurs, du 21 octobre au 17 décembre 1999) La question autrichienne (16 messages, 9 auteurs, du 17 novembre 1999 au 19 février 2000) Et encore... (10 messages, 7 auteurs, du 7 octobre 1999 au 12 janvier 2000) L'abécédaire de l'alpe (4 messages, 1 auteur)
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