Les débats qui agitent AlpiListe

Et encore...

AlpiListe est une liste de discussions créée par Glénat Presse et consacrée à la montagne dans tous ses états, sportifs, touristiques et culturels.

Sur les pages qui suivent, vous pourrez consulter une sélection de contributions (classées par thème et par ordre chronologique) postées sur cette liste de discusssions. Ces messages, envoyés par courriel, n'ont pas été retouchés en ce qui concerne l'orthographe, la syntaxe, les titres ou la grammaire employées par leurs auteurs respectifs... Les opinions exprimées n'engagent que leurs auteurs.

Gravure sur bois
En m'inscrivant à la liste, j'espérais pouvoir trouver des collègues qui s'intéresse à la gravure sur bois. je reste toujours intéressé et lance donc un appel. c'est pour cela que j'avais aussi posé la question d'un éventuel article, d'une éventuelle info, d'un éventuel numéro de L'Alpe ? Sur cet art populaire alpin et une grande manifestation qui en est le reflet : la Saint-Ours à Aoste, les 30 et 31 janvier 2000. Avec l'an 2000, le second millénaire correspondrait donc l'an prochain à la millième Saint-Ours. Un numéro d'Alpes Magazine, avait fait un bon article sur cet événement alpin il y a, à peu près trois ans. Pour en revenir à la gravure sur bois, j'envisage de proposer des stages de gravure sur bois (12 au 17 juin 2000) sur les hauteurs de Barcelonnette. J'envisage également de réaliser un diaporama (CD-Rom avec PowerPoint) et de créer un site sur le net. Vos "bons" conseils pourraient m'être très utiles. (...)

Daniel Leconte, 26 octobre 1999

Squatters des calanques
Dans "La Provence" du samedi 6 novembre "Des troglodytes aux portes de Marseille... Calanques : plusieurs grottes investies et aménagées par des squatters". Cet article de Christine François m'a interpellé car je croyais découvrir un scoop ou pour le moins, quelque chose de neuf. "Quelques petits malins ont aménagé des grottes dans le massif des calanques. Ils s'en servent comme résidences de vacances. Hier matin, nous sommes allés avec l'ONF "visiter" ces coins de paradis illégaux..." (avant qu'ils ne soient détruits par l'ONF). A la lecture de l'article, les "assidus" des calanques ne découvriront rien de nouveau. Les grottes incriminées ne sont que des abris sous roche aménagés souvent de longue date par des grimpeurs ou des randonneurs qui aiment y bivouaquer. Il est vrai que certains sont particulièrement confortables et ont été carrelés... Dans le passé, des ermites ou autres mystiques ont séjourné de longues périodes dans les calanques et l'on retrouve par endroit des vestiges très anciens... (les premiers ayant occupé la grotte Cosquer il y a 17 000 ans !) On notera tout de même qu'il faut parfois être grimpeur pour rejoindre les grottes dont il est question. On peut encore observer du carrelage avec des "tomettes"(des carreaux traditionnels hexagonaux marseillais de couleur rouge que l'on retrouve dans toutes les vieilles maisons...) qui permettent de dater l'occupation de ces grottes... A ce propos, on peut noter qu'un club comme les "excurs marseillais" existe depuis le début du siècle et que certains "vieux" pourraient témoigner de l'existence fort lointaine de ces "squats" ! Un autre paragraphe, "Danger pour la faune et la flore" pose des problèmes pour lesquels je ne suis pas spécialiste. "Ces personnes introduisent des plantes ornementales qui risquent de se propager dans le massif". Il est vrai que l'on peut observer à certains endroits des iris, des yuccas dont la présence est surprenante. Parmi les raisons invoquées pour interdire ces pratiques, l'ONF insiste sur la sécurité "Le danger est réel pour ces personnes, en raison des feux de forêts l'été..." et la fin de l'article claque comme une menace "Sans interdire les zones d'escalade, la réglementation devrait être renforcée". Pour moi, cette "affaire" tient plus du syndrome de la paillote que d'un réel problème... l'ONF semble avoir découvert un état de fait qui dure depuis plusieurs générations... Faire un "papier" sur cinq colonnes dans la presse locale étale au grand jour un phénomène qui ne touchait que quelques personnes... Somme toute, rien de tel pour créer des émules à la recherche d'un coin de paradis pour pas cher... ! Mais les temps changent et ces délinquants dont certains seraient âgés de quatre vingt ans ne pourront plus dormir sur leurs deux oreilles, bercés par les flots.. Le préfet et les gendarmes pourraient bien venir troubler leur quiétude... !

Georges Robert, 10 novembre 1999

La frontière et l'étranger
(...) Il y a des étrangers car il y a des frontières entre les états. Oh surprise, ces frontières coïncident parfaitement avec les montagnes, la ligne de partage des eaux servant très souvent de limite : les Pyrénées séparent l'Espagne de la France ; les Alpes séparent la France et l'Italie ; le Valais, la Suisse et l'Italie etc. Ces frontières coïncident aussi avec les frontières linguistiques. Ajoutons par exemple l'Oberland bernois en Suisse qui sépare le français parlé en Valais du schwitzer Dütch. Dans d'autres régions du monde, le Chili et le Pérou se servent des Andes comme limite avec les autres états, l'Himalaya de même etc... Pour être honnête, il y a aussi beaucoup de frontières qui n'ont rien à voir avec les montagnes : Pologne, Belgique et même l'impalpable "fossé du Rösti", toujours en Suisse, qui sépare les zones romande et allémanique au nord des Alpes. Le continent africain tout entier se passe de montagnes pour marquer les frontières entre les états. La colonisation (et sa conséquence : la décolonisation) sont passées par là. Prenons un raccourci : les montagnes ont créé les états-nations. Mais aussi les langues. Je tiens cette théorie de linguistes. En effet, un groupe homogène habitant des zones d'altitude se trouve séparé pour des raisons diverses : un refroidissement climatique ferme des cols, des crues bloquent les accès aux basses vallées, les éboulements coupe les passages. Et pour des durées plus ou moins longues. La théorie dit qu'il faut trois siècles de séparation pour qu'un groupe linguistique, parlant la même langue à l'origine, ne se comprenne plus, la langue de chacun des groupe évoluant indépendamment. A l'échelle des épisodes glaciaires du quaternaire, les langues ont ainsi eu des occasions multiples et diverses d'évoluer, sachant que les premiers colons paléolithiques de l'Europe parlaient probablement tous la même langue. Puis il y a l'immigration : un groupe de bergers égarés, ou de marchands téméraires, traverse la montagne et se retrouve chez les "étrangers", ceux qui parlent autrement. Leur cohabitation forcée les oblige à communiquer, et l'apprentissage respectif des deux langues contribue à faire évoluer la langue de ceux qui accueillent. L'influence des arrivants dépend de leur nombre. Moralité : ce sont les montagnes qui ont fait que les Allemands et les Français ne se comprennent pas (a priori), mais c'est la pratique de l'escalade qui les confrontent pour des problèmes de moulinettes à Sormiou. Moralité 2 : apprenez les langues étrangères ! Moralité 3 : certaines langues servent plus que d'autres. Les nuances du parler Marseillais entre l'Estaque le Roucas blanc et Aubagne ne concernent qu'une population limitée.

François Masselot, 11 novembre 1999

Risque et justice
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les échanges récents sur la liste et ai beaucoup apprécié la distinction qui y a été faite entre responsabilité et culpabilité. Je tiens à apporter ma contribution, en vous témoignant de la situation telle qu'elle se présente au Canada, où j'ai vécu pendant trois ans et grimpé avec ou sans guide. En effet, l'Amérique du Nord est le continent "par lequel le mal arrive" en ce qui concerne notre recherche effrénée de coupables. Autant savoir comment ils gèrent la situation... Avant d'entreprendre une course avec un guide, vous devez tout simplement signer une décharge par laquelle vous (et vos héritiers) renoncez à toute possibilité de le poursuivre (lui, la compagnie qui l'emploie et l'association des guides canadiens) quelque soit le type de "bobo" qui puisse vous arriver. Cela donne une feuille format A4 bien remplie où sont énumérés : les risques lies à l'activité, à l'environnement (y compris attaques d'animaux sauvages... on est quand même dans les Rocheuses...), au trajet en voiture pour se rendre au départ de la course (!), à une déficience du matériel ou à une erreur du guide... Ce que j'ai envie d'appeler "la cérémonie de la signature" est prise très au sérieux. En groupe, le guide demande individuellement à chacun s'il a lu le formulaire et l'a compris. On le signe en sa présence et un témoin le contresigne. A une occasion, j'ai eu un guide qui a lu à haute voix l'integralite du document (impossible après cela, bien entendu, de prétendre qu'on ne savait pas...). En m'inscrivant à l'avance à un cours, j'ai reçu une copie de la décharge avec la confirmation de mon inscription ; de cette façon, vous avez plusieurs semaines pour lire le document et donc aucune excuse de ne pas l'avoir fait (ce genre de détails compte dans le cas d'un procès là-bas. C'est une difficulté à laquelle se sont heurtées certaines compagnies de rafting installées le long des routes dans les gorges de la Colombie Britannique : les gens s'arrêtent en voiture et vont faire deux heures de rafting sur un coup de tète ; ils signent donc la décharge juste avant de monter dans le raft et peuvent ensuite prétendre devant une cour de justice qu'ils n'ont pas eu le temps nécessaire pour réfléchir avant de s'engager...). Une amie française qui me rendait visite et e qui j'expliquais la situation m'a dit la trouver anormale : un guide, comme n'importe qui, peut faire une erreur et il est anormal de nier la possibilité de le déclarer coupable et de le poursuivre pour une faute. En ce qui me concerne, je trouvais ce système au départ très bizarre et il me mettait très mal à l'aise. Mais de retour en Europe, je me dis qu'ainsi au moins la situation est claire et finalement plus saine : les risques inhérents e la montagne sont ainsi clairement reconnus et acceptés par le client, et on sait dès le départ qu'en montagne, on est responsable de soi, avec ou sans guide. Cela évite au moins un acharnement médiatique et/ou judiciaire comme dans le cas de l'affaire des Orres. L'utilisation de la décharge à signer (et toujours contresignée par un témoin) est aussi de mise dans le cadre de sorties encadrées par des bénévoles (non professionnels de la montagne), comme j'ai pu le constater lors de sorties avec le Club Alpin Canadien ou le groupe d'activités "outdoor" de l'Association des Auberges de Jeunesse. Là aussi, je trouvais cela exagéré au départ, mais, depuis mon retour en Europe, je me refuse à me proposer pour guider en tant que bénévole une randonnée, même en plaine, de ma section du Club Alpin. Vu le climat "judiciairement actif" qui règne actuellement dans la société, il est hors de question que je prenne le risque de "payer" en cas de pépin, tout cela parce qu'un participant remplacerait sa prise personnelle de responsabilités par la recherche systématique d'un coupable. C'est regrettable : si quelqu'un (bénévolement) ne m'avait pas un jour initiée aux plaisirs de la montagne, je ne serais pas actuellement sur cette liste en train de vous barber avec mes pensées profondes... Mais je crois que notre société, si elle est confrontée à une nouvelle attitude vis-à-vis de la culpabilité, doit aussi se donner les moyens juridiques de défendre ceux que je considère comme innocents (on a aussi précédemment cité le cas des maires de petites communes).

Angélique Prick, 29 novembre 1999

Merci Angélique pour ces infos, qui nous rappellent utilement que la France n'est pas le seul pays à être confronté à ces problèmes. En ce qui concerne la clause de non-renonciation aux poursuites, Georges l'a rappelé : elle serait considérée comme léonine et n'aurait donc aucune valeur. Par contre, en y réfléchissant bien, faire lire aux participants un document leur rappelant (ou leur apprenant !) les risques encourus, ne me semble pas si stupide que ca, bien au contraire ! Ca ne changerait sans doute rien pour une grande partie des alpinistes qui connaissent déjà ces risques. Par contre, ça peut avoir des vertus très pédagogiques pour ceux qui s'imagineraient atterrir dans un milieu totalement sécurisé (sans doute ceux les mêmes qui, en cas d'accident, seraient les premiers à poursuivre les organisateurs ?). Quelqu'un sait-il si ce genre de pratique existe déjà en France ? Beaucoup de compagnies de guides font des fiches techniques intégrant le déroulement de la course, les principales difficultés et les conditions physiques "minimales". Mentionner précisément les risques encourus (et faire signer par le participant) serait un prolongement logique et pas si monstrueux que ca. Qu'en pensez-vous ? PS : si comme Angélique, d'autres connaissent la situation à l'étranger, ce serait un vrai "plus" dans le débat. :-)

Olivier Lacaille, 29 novembre 1999

Balisage ou liberté
Louis écrit :
"Mais n'est ce pas aussi une solution de créer une sorte de massification sur des itinéraires déterminés pour laisser les autres espaces libres mais aussi protégés ? En sommes créer des sortes de stades"
Cela existe déjà de fait... C'est un type d'aménagement touristique qui a été étudié et décrit par les géographes humains sous le doux nom de "enlaidissement programmé de l'espace naturel". Je ne doute pas que la dénomination à elle seule fasse dresser les cheveux sur la tète de la plupart des lecteurs sur la liste, mais elle reflète un type d'aménagement qui a pour but de concentrer l'activité touristique de plein air (ballades...) dans un espace aménagé (balisage), voire suraménagé, laissant le reste dans un état relativement naturel. Si l'aménagement touristique en de nombreux endroits prend de plus en plus cette allure, c'est dans la majorité des cas sans que ce soit le résultât d'une volonté consciente de la part des aménageurs (communes, parcs naturels...), mais parce que ce type d'aménagement offre un certain nombre d'avantages non négligeables : 1. concentration des coûts et des efforts d'aménagement et d'entretien dans un espace restreint 2. les visiteurs y trouvent leur compte : la grande majorité veulent des ballades faciles, bien balisées (style : ballade digestive du dimanche après-midi avec les enfants) et les trouvent au départ du parking ; les quelques farfelus ;-) qui préfèrent être tout seuls loin de tout vont ailleurs, où il y a beaucoup moins de monde, puisque tous les touristes sont agglomérés sur le sentier facile. 3. beaucoup moins de pression humaine sur la flore et la faune (puisque la pression est concentrée dans une zone "sacrifiée"), ce qui est à mon sens primordial dans le cas des réserves naturelles. Bon d'accord, le cours de géographie humaine que j'ai eu s'appliquait au cas des milieux naturels de Belgique (taille limitée, mais pression démographique énorme) et ce principe n'est pas forcément applicable partout avec le même succès. Il reste évidement de nombreux problèmes, comme le degré d'aménagement à apporter aux zones "non aménagées" : rien du tout ? balisage minimal ? Les touristes "expérimentés" désirant se lancer sur des itinéraires plus difficiles peuvent réclamer plus d'aménagements sur ceux-ci, ce qui peut induire une effet "tache d'huile" si on cède à leur demande (si plus d'aménagements, on attire plus de monde... etc.). Jusqu'ici, j'ai essayé de vous exposer plus ou moins clairement les faits (et je suis sûre que vous aurez eu à l'esprit tel ou tel endroit que vous connaissez et ou cette situation existe ou s'installe). Voici à présent ce que j'en pense. Je suis en gros d'accord avec ce principe d'aménagement (attendez encore un peu avant de commencer à me lyncher...), parce que je crois qu'il offre à la société ce qu'elle désire en matière d'activités de détente et en terme d'image de la nature. Je m'explique. Il est clair que la très grande majorité des "usagers" des espaces naturels sont des "touristes", adeptes d'une activité physique facile (dans les parcs des Rocheuses Canadiennes, 95 % des visiteurs restent à moins de 2 km de leur voiture ; ils ont pourtant le sentiment d'y avoir fait l'expérience du milieu naturel). Il est complètement illusoire de s'imaginer que cela va changer. Et complètement idiot de s'imaginer qu'en supprimant les balisages, les gens vont rester en ville : ils vont se lancer dans n'importe quoi n'importe comment encore plus que maintenant et cela va créer encore plus de problèmes... Il serait temps que les montagnards comprennent qu'il est révolu l'âge d'or ou la montagne n'appartenait qu'à eux... Malheureusement (pour nous), une part de plus en plus importante de la population "urbaine" (j'entends par la : de type de vie urbain... Et en voyant l'origine des courriels lus sur la liste, il est clair que beaucoup d'entre nous vivent aussi en ville) revendique son droit à l'air pur, et comme c'est dans l'air du temps, ils l'exigent bien entendu sans risques (cf les nombreux messages précédents sur ce thème) et sans effort (même celui de s'orienter). Et puis il y a les autres, les apprentis randonneurs qui mordront à l'hameçon et finiront montagnards. Il faut bien que l'apprentissage se fasse quelque part et n'est-il pas plus rassurant d'apprendre à lire une carte sur un sentier balisé ? De quel droit priverait-on ces deux catégories d'usagers de sentiers faciles et balisés ? Ils vous répondraient d'ailleurs "qu'ils y ont droit !". A un niveau plus élevé, je crois que tout cela se réfère à l'image que la société a actuellement de la nature, qui devient aussi aseptisée que tout le reste. Ce que les gens recherchent, ce n'est pas la nature telle qu'elle est, mais une nature conforme à l'image qu'ils s'en font : avec des sentiers bien droits et bien propres, des remontées mécaniques pour ne pas trop se fatiguer à la montée, une nature avec petites fleurs et marmottes (parce que ca fait joli) mais d'où les prédateurs ont été éradiqués (parce que ca fait peur), une nature où ils aient l'impression d'être seuls, mais sans être seuls vraiment (parce que ça aussi, ça fait peur). Bref, ce qu'ils voient à la télé et dans les pubs plutôt que de prendre le risque (on y revient) de faire vraiment l'expérience du milieu naturel, avec la fatigue, le danger, l'investissement en temps nécessaire à un minimum de formation, les frustrations liées aux échecs... D'ailleurs, au niveau éducatif, est-ce que les enfants aujourd'hui ne sont pas plutôt familiarises à l'outil informatique qu'au milieu naturel ? Cela reflète l'ordre des priorités dans notre société... Je crois donc aussi qu'il est utopique de se dire que tout cela s'arrangera avec un peu d'éducation, car le problème, c'est que le public croit être bien informe, vu toutes les images euphorisantes de montagne et de sport extrême dont on le submerge... Pour résumer, je crois donc qu'il ne faut pas refuser aux "touristes" le droit à un "stade" comme le dit Louis, tant qu'il est intelligemment aménagé (et surtout bien limité à des espaces restreints !). Il est aléatoire de s'imaginer que les professionnels du tourisme vont préférer quelques hurluberlus (dont moi) qui portent la tente dans le sac à dos à des masses de consommateurs en quête de clichés plus que de réalité. De plus, si on ne réalise pas cela, j'ai fort peur que tout l'espace naturel (ou ce qu'il en reste de naturel) ne finisse en grand stade aménagé.

Angélique Prick, 09 décembre 1999

Interdiction des Bouches-du-Rhône
(...) Dans les parcs nationaux américains, les "rangers" sont chargés de faire respecter les règlements et ont le pouvoir de verbaliser. Les rangers sont la police outdoor. Ils ressemblent un peu à nos gardes de parc nationaux, mais avec une mission de police et d'encadrement du public plus nette, logique à cause de la fréquentation importante de certains sites. Les flics en pleine nature me donnent des boutons aussi, mais je vois mal comment gérer la fréquentation toujours plus grande du public, sans un minimum d'encadrement. Décourager le plus grand nombre en éliminant les équipements existants, comme le proposait Louis en "débalisant", est trop anti-démocratique pour avoir mes faveurs. Lutter efficacement contre la "surpopulation", imposerait en toute logique que je saute par ma fenêtre à l'instant pour donner l'exemple, ce que je ne suis pas prêt à faire. Tout le monde a droit à une place au soleil Parquer, clôturer, canaliser la montagne et les milieux naturels revient à éliminer ce qui nous y attire : le caractère sauvage et vierge. L'apprentissage de ce qu'il faut voir, faut savoir, ces injures du discours quotidien à notre innocence, montre ses limites, comme le souligne l'article "L'estomac de la méduse" de L'Alpe numéro 6. Pourtant, chaque voie d'escalade, chaque coucher de soleil, chaque découverte nous procure un plaisir sans cesse renouvelé et sans pouvoir prédire à quoi la montagne ressemblera demain (bien que l'article "Chronique d'un déséquilibre annoncé" de l'Alpe 6 s'y essaye), profitons en aujourd'hui. Et en plus aujourd'hui, il fait grand soleil dans les Alpes du Sud ! Carpe diem, quoi...

François Masselot, 20 décembre 1999

Bestiaire
Gérard Ménatory a créé, dans les années 60, une réserve de loups à Sainte-Lucie, au nord de Marvejols (dans la Margeride, en Lozère) et envisageait une éventuelle réintroduction de l'espèce en milieu naturel. Le résultat ne s'est pas fait attendre : levée de boucliers générale de la part de tous les éleveurs de la région... (on peut sans doute les comprendre... mais je ne suis pas fin connaisseur en la matière, et de plus ne connais pas tous les tenants et aboutissants). Quoi qu'il en soit, les loups restent enfermés dans cette réserve qui, bien que relativement vaste, n'en est pas moins une prison. Pour plus d'infos, et si ça vous intéresse, jetez un coup d'oeil sur les sites suivants consacrés au parc du Gévaudan et au loup. En plus, il y a de belles photos :-) En ce qui concerne les bisons, j'ai quelques infos concernant la France : la race du bison d'Europe, dit bison bonasus (différente de celle du bison d'Amérique) est réintroduite en France, à Sainte-Eulalie (toujours en Margeride) depuis une dizaine d'années, à partir de bisons en provenance de Pologne (forêt de Bialowieza). La réserve de bisons d'Europe de Sainte-Eulalie étant à cheval (si j'ose dire !) sur les départements de la Lozère et de la Haute-Loire, et donc aussi à cheval sur les régions Languedoc-Roussillon et Auvergne, elle a pu bénéficier pendant quelques années de subventions des deux Conseils généraux, ainsi que des deux Conseils régionaux. Malheureusement, lors de ma dernière visite (il y a environ trois ans) et m'étant étonné de l'augmentation d'environ 100 % du tarif, on m'a dit que ces subventions avaient été soit supprimées, soit réduites à la portion congrue, d'où la nécessité d'un auto-financement plus important. Quoi qu'il en soit, il est hors de question, dans un avenir proche ou même indéterminé, d'envisager la mise en liberté des bisons d'Europe : d'une part, le but de la réserve actuelle est de recréer une population de bisons, et d'autre part ces bisons sont trop dangereux : lors d'une visite en calèche (oui ! c'est super chouette), j'ai eu une longue discussion avec le "guide" et il m'a raconté qu'un jour, un gros mâle un peu nerveux a réussi à sauter, sans aucun élan, par-dessus le grillage de deux mètres de haut ! Il m'a aussi raconté qu'un autre mâle, en d'autres circonstances, avait galopé derrière une Méhari lancée à 60 km/h ! Imaginez ces bisons lâchés en toute liberté... Il y a des records de cent mètres et de saut en hauteur en vue :-)

Gérard Renon, 28 décembre 1999

Les grosses bestioles, (ours, bisons,loups..) ne sont pas forcément les plus dangereuses dans nos contrées... Il me revient à l'esprit qu'il y a plusieurs années, des défenseurs de la nature avaient libéré près de l'aven du Calavon dans les Alpes de Haute Provence, une colonie entière de vipères dans un pré traversé par le petit cours d'eau qui se jette dans le gouffre... Et il se trouve que quelques temps plus tard, une amie, Joanne Penez a été victime d'une morsure de vipère à la base du deuxième puits du gouffre... Spéléo secours express... Direction l'hosto le plus proche... et merci aux écolos... !

Georges Robert, 29 décembre 1999

Pour oublier...
Une petite portion d'imaginaire montagnard (extrait de "Elle et Lui" copyright Roland Granottier). Hiver. Elle s'endormit elle aussi. L'hiver s'installa définitivement. Dans sa douce léthargie, elle entendait parfois les hurlements du vent qui, en surface, poursuivait inexorablement son oeuvre d'architecte. Entassant des flocons dans une combe, en arrachant à une crête, bouchant les moindres fissures, il travaillait sans cesse. Même quand tout lui semblait parfait, il apportait encore une retouche : arrondissant un peu la courbe d'un col ou rajoutant une fine pellicule de poudreuse dans un trou. Il façonnait inlassablement ce paysage, transformant ses lignes rugueuses et ses arêtes acérées en courbes sensuelles, transformant noirceur en blancheur, dureté en douceur. Et quel plaisir pour lui, quand sa tâche sera finie, de souffler sans fin sur ce paradis blanc : plus de fissures pour l'affaiblir, plus d'arêtes acérées pour le déchirer, plus de barres rocheuses verticales pour le freiner, plus de col étroit pour lui dire où passer. Il aura enfin vaincu la montagne et pourra exprimer sa puissance sur cet océan de flocons, tous acquis à sa cause. Mais voilà bien des hivers qu'il s'attelle à son projet et, chaque année, le soleil revient trop tôt. Chaque année, il voit fondre ces flocons et ses espoirs sous les tièdes rayons printaniers. Peu à peu, la roche refait surface, les arêtes s'aiguisent, les trous se reforment... et l'on entend de nouveau la longue plainte du vent quand il se déchire sur les grandes aiguilles de granit. Cette année là ne dérogea pas à la règle. Le vent se fit une raison. Il aimait aussi le printemps : porter les senteurs des premières fleurs l'aidait à oublier son échec hivernal. " J'espère que ça vous a plu !

Roland Granottier, 12 janvier 2000


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