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Les débats qui agitent
AlpiListe
Et encore...
AlpiListe est une liste de discussions créée
par Glénat Presse et consacrée à la
montagne dans tous ses états, sportifs, touristiques
et culturels.
Sur les pages qui suivent,
vous pourrez consulter une sélection de contributions
(classées par thème et par ordre
chronologique) postées sur cette liste de
discusssions. Ces messages, envoyés par courriel,
n'ont pas été retouchés en ce qui
concerne l'orthographe, la syntaxe, les titres ou la
grammaire employées par leurs auteurs respectifs...
Les opinions exprimées n'engagent que leurs
auteurs.
Gravure sur bois
En m'inscrivant à la liste, j'espérais pouvoir
trouver des collègues qui s'intéresse à
la gravure sur bois. je reste toujours
intéressé et lance donc un appel. c'est pour
cela que j'avais aussi posé la question d'un
éventuel article, d'une éventuelle info, d'un
éventuel numéro de L'Alpe ? Sur cet art
populaire alpin et une grande manifestation qui en est le
reflet : la Saint-Ours à Aoste, les 30 et 31 janvier
2000. Avec l'an 2000, le second millénaire
correspondrait donc l'an prochain à la
millième Saint-Ours. Un numéro d'Alpes
Magazine, avait fait un bon article sur cet
événement alpin il y a, à peu
près trois ans. Pour en revenir à la gravure
sur bois, j'envisage de proposer des stages de gravure sur
bois (12 au 17 juin 2000) sur les hauteurs de Barcelonnette.
J'envisage également de réaliser un diaporama
(CD-Rom avec PowerPoint) et de créer un site sur le
net. Vos "bons" conseils pourraient m'être très
utiles. (...)
Daniel Leconte, 26 octobre 1999
Squatters des calanques
Dans "La Provence" du samedi 6 novembre "Des troglodytes aux
portes de Marseille... Calanques : plusieurs grottes
investies et aménagées par des squatters". Cet
article de Christine François m'a interpellé
car je croyais découvrir un scoop ou pour le moins,
quelque chose de neuf. "Quelques petits malins ont
aménagé des grottes dans le massif des
calanques. Ils s'en servent comme résidences de
vacances. Hier matin, nous sommes allés avec l'ONF
"visiter" ces coins de paradis illégaux..." (avant
qu'ils ne soient détruits par l'ONF). A la lecture de
l'article, les "assidus" des calanques ne
découvriront rien de nouveau. Les grottes
incriminées ne sont que des abris sous roche
aménagés souvent de longue date par des
grimpeurs ou des randonneurs qui aiment y bivouaquer. Il est
vrai que certains sont particulièrement confortables
et ont été carrelés... Dans le
passé, des ermites ou autres mystiques ont
séjourné de longues périodes dans les
calanques et l'on retrouve par endroit des vestiges
très anciens... (les premiers ayant occupé la
grotte Cosquer il y a 17 000 ans !) On notera tout de
même qu'il faut parfois être grimpeur pour
rejoindre les grottes dont il est question. On peut encore
observer du carrelage avec des "tomettes"(des carreaux
traditionnels hexagonaux marseillais de couleur rouge que
l'on retrouve dans toutes les vieilles maisons...) qui
permettent de dater l'occupation de ces grottes... A ce
propos, on peut noter qu'un club comme les "excurs
marseillais" existe depuis le début du siècle
et que certains "vieux" pourraient témoigner de
l'existence fort lointaine de ces "squats" ! Un autre
paragraphe, "Danger pour la faune et la flore" pose des
problèmes pour lesquels je ne suis pas
spécialiste. "Ces personnes introduisent des plantes
ornementales qui risquent de se propager dans le massif". Il
est vrai que l'on peut observer à certains endroits
des iris, des yuccas dont la présence est
surprenante. Parmi les raisons invoquées pour
interdire ces pratiques, l'ONF insiste sur la
sécurité "Le danger est réel pour ces
personnes, en raison des feux de forêts
l'été..." et la fin de l'article claque comme
une menace "Sans interdire les zones d'escalade, la
réglementation devrait être renforcée".
Pour moi, cette "affaire" tient plus du syndrome de la
paillote que d'un réel problème... l'ONF
semble avoir découvert un état de fait qui
dure depuis plusieurs générations... Faire un
"papier" sur cinq colonnes dans la presse locale
étale au grand jour un phénomène qui ne
touchait que quelques personnes... Somme toute, rien de tel
pour créer des émules à la recherche
d'un coin de paradis pour pas cher... ! Mais les temps
changent et ces délinquants dont certains seraient
âgés de quatre vingt ans ne pourront plus
dormir sur leurs deux oreilles, bercés par les
flots.. Le préfet et les gendarmes pourraient bien
venir troubler leur quiétude... !
Georges Robert, 10 novembre 1999
La frontière et
l'étranger
(...) Il y a des étrangers car il y a des
frontières entre les états. Oh surprise, ces
frontières coïncident parfaitement avec les
montagnes, la ligne de partage des eaux servant très
souvent de limite : les Pyrénées
séparent l'Espagne de la France ; les Alpes
séparent la France et l'Italie ; le Valais, la Suisse
et l'Italie etc. Ces frontières coïncident aussi
avec les frontières linguistiques. Ajoutons par
exemple l'Oberland bernois en Suisse qui sépare le
français parlé en Valais du schwitzer
Dütch. Dans d'autres régions du monde, le Chili
et le Pérou se servent des Andes comme limite avec
les autres états, l'Himalaya de même etc...
Pour être honnête, il y a aussi beaucoup de
frontières qui n'ont rien à voir avec les
montagnes : Pologne, Belgique et même l'impalpable
"fossé du Rösti", toujours en Suisse, qui
sépare les zones romande et allémanique au
nord des Alpes. Le continent africain tout entier se passe
de montagnes pour marquer les frontières entre les
états. La colonisation (et sa conséquence : la
décolonisation) sont passées par là.
Prenons un raccourci : les montagnes ont créé
les états-nations. Mais aussi les langues. Je tiens
cette théorie de linguistes. En effet, un groupe
homogène habitant des zones d'altitude se trouve
séparé pour des raisons diverses : un
refroidissement climatique ferme des cols, des crues
bloquent les accès aux basses vallées, les
éboulements coupe les passages. Et pour des
durées plus ou moins longues. La théorie dit
qu'il faut trois siècles de séparation pour
qu'un groupe linguistique, parlant la même langue
à l'origine, ne se comprenne plus, la langue de
chacun des groupe évoluant indépendamment. A
l'échelle des épisodes glaciaires du
quaternaire, les langues ont ainsi eu des occasions
multiples et diverses d'évoluer, sachant que les
premiers colons paléolithiques de l'Europe parlaient
probablement tous la même langue. Puis il y a
l'immigration : un groupe de bergers égarés,
ou de marchands téméraires, traverse la
montagne et se retrouve chez les "étrangers", ceux
qui parlent autrement. Leur cohabitation forcée les
oblige à communiquer, et l'apprentissage respectif
des deux langues contribue à faire évoluer la
langue de ceux qui accueillent. L'influence des arrivants
dépend de leur nombre. Moralité : ce sont les
montagnes qui ont fait que les Allemands et les
Français ne se comprennent pas (a priori), mais c'est
la pratique de l'escalade qui les confrontent pour des
problèmes de moulinettes à Sormiou.
Moralité 2 : apprenez les langues
étrangères ! Moralité 3 : certaines
langues servent plus que d'autres. Les nuances du parler
Marseillais entre l'Estaque le Roucas blanc et Aubagne ne
concernent qu'une population limitée.
François Masselot, 11 novembre
1999
Risque et justice
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les
échanges récents sur la liste et ai beaucoup
apprécié la distinction qui y a
été faite entre responsabilité et
culpabilité. Je tiens à apporter ma
contribution, en vous témoignant de la situation
telle qu'elle se présente au Canada, où j'ai
vécu pendant trois ans et grimpé avec ou sans
guide. En effet, l'Amérique du Nord est le continent
"par lequel le mal arrive" en ce qui concerne notre
recherche effrénée de coupables. Autant savoir
comment ils gèrent la situation... Avant
d'entreprendre une course avec un guide, vous devez tout
simplement signer une décharge par laquelle vous (et
vos héritiers) renoncez à toute
possibilité de le poursuivre (lui, la compagnie qui
l'emploie et l'association des guides canadiens) quelque
soit le type de "bobo" qui puisse vous arriver. Cela donne
une feuille format A4 bien remplie où sont
énumérés : les risques lies à
l'activité, à l'environnement (y compris
attaques d'animaux sauvages... on est quand même dans
les Rocheuses...), au trajet en voiture pour se rendre au
départ de la course (!), à une
déficience du matériel ou à une erreur
du guide... Ce que j'ai envie d'appeler "la
cérémonie de la signature" est prise
très au sérieux. En groupe, le guide demande
individuellement à chacun s'il a lu le formulaire et
l'a compris. On le signe en sa présence et un
témoin le contresigne. A une occasion, j'ai eu un
guide qui a lu à haute voix l'integralite du document
(impossible après cela, bien entendu, de
prétendre qu'on ne savait pas...). En m'inscrivant
à l'avance à un cours, j'ai reçu une
copie de la décharge avec la confirmation de mon
inscription ; de cette façon, vous avez plusieurs
semaines pour lire le document et donc aucune excuse de ne
pas l'avoir fait (ce genre de détails compte dans le
cas d'un procès là-bas. C'est une
difficulté à laquelle se sont heurtées
certaines compagnies de rafting installées le long
des routes dans les gorges de la Colombie Britannique : les
gens s'arrêtent en voiture et vont faire deux heures
de rafting sur un coup de tète ; ils signent donc la
décharge juste avant de monter dans le raft et
peuvent ensuite prétendre devant une cour de justice
qu'ils n'ont pas eu le temps nécessaire pour
réfléchir avant de s'engager...). Une amie
française qui me rendait visite et e qui j'expliquais
la situation m'a dit la trouver anormale : un guide, comme
n'importe qui, peut faire une erreur et il est anormal de
nier la possibilité de le déclarer coupable et
de le poursuivre pour une faute. En ce qui me concerne, je
trouvais ce système au départ très
bizarre et il me mettait très mal à l'aise.
Mais de retour en Europe, je me dis qu'ainsi au moins la
situation est claire et finalement plus saine : les risques
inhérents e la montagne sont ainsi clairement
reconnus et acceptés par le client, et on sait
dès le départ qu'en montagne, on est
responsable de soi, avec ou sans guide. Cela évite au
moins un acharnement médiatique et/ou judiciaire
comme dans le cas de l'affaire des Orres. L'utilisation de
la décharge à signer (et toujours
contresignée par un témoin) est aussi de mise
dans le cadre de sorties encadrées par des
bénévoles (non professionnels de la montagne),
comme j'ai pu le constater lors de sorties avec le Club
Alpin Canadien ou le groupe d'activités "outdoor" de
l'Association des Auberges de Jeunesse. Là aussi, je
trouvais cela exagéré au départ, mais,
depuis mon retour en Europe, je me refuse à me
proposer pour guider en tant que bénévole une
randonnée, même en plaine, de ma section du
Club Alpin. Vu le climat "judiciairement actif" qui
règne actuellement dans la société, il
est hors de question que je prenne le risque de "payer" en
cas de pépin, tout cela parce qu'un participant
remplacerait sa prise personnelle de responsabilités
par la recherche systématique d'un coupable. C'est
regrettable : si quelqu'un (bénévolement) ne
m'avait pas un jour initiée aux plaisirs de la
montagne, je ne serais pas actuellement sur cette liste en
train de vous barber avec mes pensées profondes...
Mais je crois que notre société, si elle est
confrontée à une nouvelle attitude
vis-à-vis de la culpabilité, doit aussi se
donner les moyens juridiques de défendre ceux que je
considère comme innocents (on a aussi
précédemment cité le cas des maires de
petites communes).
Angélique Prick, 29 novembre
1999
Merci Angélique pour ces infos, qui nous
rappellent utilement que la France n'est pas le seul pays
à être confronté à ces
problèmes. En ce qui concerne la clause de
non-renonciation aux poursuites, Georges l'a rappelé
: elle serait considérée comme léonine
et n'aurait donc aucune valeur. Par contre, en y
réfléchissant bien, faire lire aux
participants un document leur rappelant (ou leur apprenant
!) les risques encourus, ne me semble pas si stupide que ca,
bien au contraire ! Ca ne changerait sans doute rien pour
une grande partie des alpinistes qui connaissent
déjà ces risques. Par contre, ça peut
avoir des vertus très pédagogiques pour ceux
qui s'imagineraient atterrir dans un milieu totalement
sécurisé (sans doute ceux les mêmes qui,
en cas d'accident, seraient les premiers à poursuivre
les organisateurs ?). Quelqu'un sait-il si ce genre de
pratique existe déjà en France ? Beaucoup de
compagnies de guides font des fiches techniques
intégrant le déroulement de la course, les
principales difficultés et les conditions physiques
"minimales". Mentionner précisément les
risques encourus (et faire signer par le participant) serait
un prolongement logique et pas si monstrueux que ca. Qu'en
pensez-vous ? PS : si comme Angélique, d'autres
connaissent la situation à l'étranger, ce
serait un vrai "plus" dans le débat. :-)
Olivier Lacaille, 29 novembre 1999
Balisage ou
liberté
Louis écrit :
"Mais n'est ce pas aussi une solution de créer une
sorte de massification sur des itinéraires
déterminés pour laisser les autres espaces
libres mais aussi protégés ? En sommes
créer des sortes de stades"
Cela existe déjà de fait... C'est un type
d'aménagement touristique qui a été
étudié et décrit par les
géographes humains sous le doux nom de
"enlaidissement programmé de l'espace naturel". Je ne
doute pas que la dénomination à elle seule
fasse dresser les cheveux sur la tète de la plupart
des lecteurs sur la liste, mais elle reflète un type
d'aménagement qui a pour but de concentrer
l'activité touristique de plein air (ballades...)
dans un espace aménagé (balisage), voire
suraménagé, laissant le reste dans un
état relativement naturel. Si l'aménagement
touristique en de nombreux endroits prend de plus en plus
cette allure, c'est dans la majorité des cas sans que
ce soit le résultât d'une volonté
consciente de la part des aménageurs (communes, parcs
naturels...), mais parce que ce type d'aménagement
offre un certain nombre d'avantages non négligeables
: 1. concentration des coûts et des efforts
d'aménagement et d'entretien dans un espace restreint
2. les visiteurs y trouvent leur compte : la grande
majorité veulent des ballades faciles, bien
balisées (style : ballade digestive du dimanche
après-midi avec les enfants) et les trouvent au
départ du parking ; les quelques farfelus ;-) qui
préfèrent être tout seuls loin de tout
vont ailleurs, où il y a beaucoup moins de monde,
puisque tous les touristes sont agglomérés sur
le sentier facile. 3. beaucoup moins de pression humaine sur
la flore et la faune (puisque la pression est
concentrée dans une zone "sacrifiée"), ce qui
est à mon sens primordial dans le cas des
réserves naturelles. Bon d'accord, le cours de
géographie humaine que j'ai eu s'appliquait au cas
des milieux naturels de Belgique (taille limitée,
mais pression démographique énorme) et ce
principe n'est pas forcément applicable partout avec
le même succès. Il reste évidement de
nombreux problèmes, comme le degré
d'aménagement à apporter aux zones "non
aménagées" : rien du tout ? balisage minimal ?
Les touristes "expérimentés" désirant
se lancer sur des itinéraires plus difficiles peuvent
réclamer plus d'aménagements sur ceux-ci, ce
qui peut induire une effet "tache d'huile" si on cède
à leur demande (si plus d'aménagements, on
attire plus de monde... etc.). Jusqu'ici, j'ai essayé
de vous exposer plus ou moins clairement les faits (et je
suis sûre que vous aurez eu à l'esprit tel ou
tel endroit que vous connaissez et ou cette situation existe
ou s'installe). Voici à présent ce que j'en
pense. Je suis en gros d'accord avec ce principe
d'aménagement (attendez encore un peu avant de
commencer à me lyncher...), parce que je crois qu'il
offre à la société ce qu'elle
désire en matière d'activités de
détente et en terme d'image de la nature. Je
m'explique. Il est clair que la très grande
majorité des "usagers" des espaces naturels sont des
"touristes", adeptes d'une activité physique facile
(dans les parcs des Rocheuses Canadiennes, 95 % des
visiteurs restent à moins de 2 km de leur voiture ;
ils ont pourtant le sentiment d'y avoir fait
l'expérience du milieu naturel). Il est
complètement illusoire de s'imaginer que cela va
changer. Et complètement idiot de s'imaginer qu'en
supprimant les balisages, les gens vont rester en ville :
ils vont se lancer dans n'importe quoi n'importe comment
encore plus que maintenant et cela va créer encore
plus de problèmes... Il serait temps que les
montagnards comprennent qu'il est révolu l'âge
d'or ou la montagne n'appartenait qu'à eux...
Malheureusement (pour nous), une part de plus en plus
importante de la population "urbaine" (j'entends par la : de
type de vie urbain... Et en voyant l'origine des courriels
lus sur la liste, il est clair que beaucoup d'entre nous
vivent aussi en ville) revendique son droit à l'air
pur, et comme c'est dans l'air du temps, ils l'exigent bien
entendu sans risques (cf les nombreux messages
précédents sur ce thème) et sans effort
(même celui de s'orienter). Et puis il y a les autres,
les apprentis randonneurs qui mordront à
l'hameçon et finiront montagnards. Il faut bien que
l'apprentissage se fasse quelque part et n'est-il pas plus
rassurant d'apprendre à lire une carte sur un sentier
balisé ? De quel droit priverait-on ces deux
catégories d'usagers de sentiers faciles et
balisés ? Ils vous répondraient d'ailleurs
"qu'ils y ont droit !". A un niveau plus
élevé, je crois que tout cela se
réfère à l'image que la
société a actuellement de la nature, qui
devient aussi aseptisée que tout le reste. Ce que les
gens recherchent, ce n'est pas la nature telle qu'elle est,
mais une nature conforme à l'image qu'ils s'en font :
avec des sentiers bien droits et bien propres, des
remontées mécaniques pour ne pas trop se
fatiguer à la montée, une nature avec petites
fleurs et marmottes (parce que ca fait joli) mais
d'où les prédateurs ont été
éradiqués (parce que ca fait peur), une nature
où ils aient l'impression d'être seuls, mais
sans être seuls vraiment (parce que ça aussi,
ça fait peur). Bref, ce qu'ils voient à la
télé et dans les pubs plutôt que de
prendre le risque (on y revient) de faire vraiment
l'expérience du milieu naturel, avec la fatigue, le
danger, l'investissement en temps nécessaire à
un minimum de formation, les frustrations liées aux
échecs... D'ailleurs, au niveau éducatif,
est-ce que les enfants aujourd'hui ne sont pas plutôt
familiarises à l'outil informatique qu'au milieu
naturel ? Cela reflète l'ordre des priorités
dans notre société... Je crois donc aussi
qu'il est utopique de se dire que tout cela s'arrangera avec
un peu d'éducation, car le problème, c'est que
le public croit être bien informe, vu toutes les
images euphorisantes de montagne et de sport extrême
dont on le submerge... Pour résumer, je crois donc
qu'il ne faut pas refuser aux "touristes" le droit à
un "stade" comme le dit Louis, tant qu'il est intelligemment
aménagé (et surtout bien limité
à des espaces restreints !). Il est aléatoire
de s'imaginer que les professionnels du tourisme vont
préférer quelques hurluberlus (dont moi) qui
portent la tente dans le sac à dos à des
masses de consommateurs en quête de clichés
plus que de réalité. De plus, si on ne
réalise pas cela, j'ai fort peur que tout l'espace
naturel (ou ce qu'il en reste de naturel) ne finisse en
grand stade aménagé.
Angélique Prick, 09 décembre
1999
Interdiction des
Bouches-du-Rhône
(...) Dans les parcs nationaux américains, les
"rangers" sont chargés de faire respecter les
règlements et ont le pouvoir de verbaliser. Les
rangers sont la police outdoor. Ils ressemblent un peu
à nos gardes de parc nationaux, mais avec une mission
de police et d'encadrement du public plus nette, logique
à cause de la fréquentation importante de
certains sites. Les flics en pleine nature me donnent des
boutons aussi, mais je vois mal comment gérer la
fréquentation toujours plus grande du public, sans un
minimum d'encadrement. Décourager le plus grand
nombre en éliminant les équipements existants,
comme le proposait Louis en "débalisant", est trop
anti-démocratique pour avoir mes faveurs. Lutter
efficacement contre la "surpopulation", imposerait en toute
logique que je saute par ma fenêtre à l'instant
pour donner l'exemple, ce que je ne suis pas prêt
à faire. Tout le monde a droit à une place au
soleil Parquer, clôturer, canaliser la montagne et les
milieux naturels revient à éliminer ce qui
nous y attire : le caractère sauvage et vierge.
L'apprentissage de ce qu'il faut voir, faut savoir, ces
injures du discours quotidien à notre innocence,
montre ses limites, comme le souligne l'article "L'estomac
de la méduse" de L'Alpe numéro 6. Pourtant,
chaque voie d'escalade, chaque coucher de soleil, chaque
découverte nous procure un plaisir sans cesse
renouvelé et sans pouvoir prédire à
quoi la montagne ressemblera demain (bien que l'article
"Chronique d'un déséquilibre annoncé"
de l'Alpe 6 s'y essaye), profitons en aujourd'hui. Et en
plus aujourd'hui, il fait grand soleil dans les Alpes du Sud
! Carpe diem, quoi...
François Masselot, 20
décembre 1999
Bestiaire
Gérard Ménatory a créé, dans les
années 60, une réserve de loups à
Sainte-Lucie, au nord de Marvejols (dans la Margeride, en
Lozère) et envisageait une éventuelle
réintroduction de l'espèce en milieu naturel.
Le résultat ne s'est pas fait attendre : levée
de boucliers générale de la part de tous les
éleveurs de la région... (on peut sans doute
les comprendre... mais je ne suis pas fin connaisseur en la
matière, et de plus ne connais pas tous les tenants
et aboutissants). Quoi qu'il en soit, les loups restent
enfermés dans cette réserve qui, bien que
relativement vaste, n'en est pas moins une prison. Pour plus
d'infos, et si ça vous intéresse, jetez un
coup d'oeil sur les sites suivants consacrés au
parc du Gévaudan et au
loup. En plus, il y a de belles photos
:-) En ce qui concerne les bisons, j'ai quelques infos
concernant la France : la race du bison d'Europe, dit
bison bonasus (différente de
celle du bison d'Amérique) est réintroduite en
France, à Sainte-Eulalie (toujours en Margeride)
depuis une dizaine d'années, à partir de
bisons en provenance de Pologne
(forêt de Bialowieza). La
réserve de bisons d'Europe de Sainte-Eulalie
étant à cheval (si j'ose dire !) sur les
départements de la Lozère et de la
Haute-Loire, et donc aussi à cheval sur les
régions Languedoc-Roussillon et Auvergne, elle a pu
bénéficier pendant quelques années de
subventions des deux Conseils généraux, ainsi
que des deux Conseils régionaux. Malheureusement,
lors de ma dernière visite (il y a environ trois ans)
et m'étant étonné de l'augmentation
d'environ 100 % du tarif, on m'a dit que ces subventions
avaient été soit supprimées, soit
réduites à la portion congrue, d'où la
nécessité d'un auto-financement plus
important. Quoi qu'il en soit, il est hors de question, dans
un avenir proche ou même indéterminé,
d'envisager la mise en liberté des bisons d'Europe :
d'une part, le but de la réserve actuelle est de
recréer une population de bisons, et d'autre part ces
bisons sont trop dangereux : lors d'une visite en
calèche (oui ! c'est super chouette), j'ai eu une
longue discussion avec le "guide" et il m'a raconté
qu'un jour, un gros mâle un peu nerveux a
réussi à sauter, sans aucun élan,
par-dessus le grillage de deux mètres de haut ! Il
m'a aussi raconté qu'un autre mâle, en d'autres
circonstances, avait galopé derrière une
Méhari lancée à 60 km/h ! Imaginez ces
bisons lâchés en toute liberté... Il y a
des records de cent mètres et de saut en hauteur en
vue :-)
Gérard Renon, 28 décembre
1999
Les grosses bestioles, (ours, bisons,loups..) ne sont pas
forcément les plus dangereuses dans nos
contrées... Il me revient à l'esprit qu'il y a
plusieurs années, des défenseurs de la nature
avaient libéré près de l'aven du
Calavon dans les Alpes de Haute Provence, une colonie
entière de vipères dans un pré
traversé par le petit cours d'eau qui se jette dans
le gouffre... Et il se trouve que quelques temps plus tard,
une amie, Joanne Penez a été victime d'une
morsure de vipère à la base du deuxième
puits du gouffre... Spéléo secours express...
Direction l'hosto le plus proche... et merci aux
écolos... !
Georges Robert, 29 décembre
1999
Pour oublier...
Une petite portion d'imaginaire montagnard (extrait de "Elle
et Lui" copyright Roland Granottier). Hiver. Elle s'endormit
elle aussi. L'hiver s'installa définitivement. Dans
sa douce léthargie, elle entendait parfois les
hurlements du vent qui, en surface, poursuivait
inexorablement son oeuvre d'architecte. Entassant des
flocons dans une combe, en arrachant à une
crête, bouchant les moindres fissures, il travaillait
sans cesse. Même quand tout lui semblait parfait, il
apportait encore une retouche : arrondissant un peu la
courbe d'un col ou rajoutant une fine pellicule de poudreuse
dans un trou. Il façonnait inlassablement ce paysage,
transformant ses lignes rugueuses et ses arêtes
acérées en courbes sensuelles, transformant
noirceur en blancheur, dureté en douceur. Et quel
plaisir pour lui, quand sa tâche sera finie, de
souffler sans fin sur ce paradis blanc : plus de fissures
pour l'affaiblir, plus d'arêtes acérées
pour le déchirer, plus de barres rocheuses verticales
pour le freiner, plus de col étroit pour lui dire
où passer. Il aura enfin vaincu la montagne et pourra
exprimer sa puissance sur cet océan de flocons, tous
acquis à sa cause. Mais voilà bien des hivers
qu'il s'attelle à son projet et, chaque année,
le soleil revient trop tôt. Chaque année, il
voit fondre ces flocons et ses espoirs sous les
tièdes rayons printaniers. Peu à peu, la roche
refait surface, les arêtes s'aiguisent, les trous se
reforment... et l'on entend de nouveau la longue plainte du
vent quand il se déchire sur les grandes aiguilles de
granit. Cette année là ne dérogea pas
à la règle. Le vent se fit une raison. Il
aimait aussi le printemps : porter les senteurs des
premières fleurs l'aidait à oublier son
échec hivernal. " J'espère que ça vous
a plu !
Roland Granottier, 12 janvier 2000
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