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Les débats qui agitent
AlpiListe
Cartographie
AlpiListe est une liste de discussions créée
par Glénat Presse et consacrée à la
montagne dans tous ses états, sportifs, touristiques
et culturels.
Sur les pages qui suivent,
vous pourrez consulter une sélection de contributions
(classées par thème et par ordre
chronologique) postées sur cette liste de
discusssions. Ces messages, envoyés par courriel,
n'ont pas été retouchés en ce qui
concerne l'orthographe, la syntaxe, les titres ou la
grammaire employées par leurs auteurs respectifs...
Les opinions exprimées n'engagent que leurs
auteurs.
Alpes franco-italiennes
Comme beaucoup de montagnards, j'aime bien les cartes
topographiques. Dans les représentations du terrain,
il y en a une toutefois qui surpasse toutes les autres :
c'est la photo satellite du massif alpin. La raison est
simple : on voit tout et il n'y a pas de frontières !
France, Suisse, Autriche, Italie, Slovénie se
trouvent réunis, organisés, autour des
montagnes ! Pas de toponymes non plus, ça aiguise le
sens de l'observation et fait mieux comprendre les
assemblages de montagnes, vallées... Pas de trace de
interreg non plus ;-) Je peux donner les coordonnées
de l'éditeur aux personnes intéressées.
Sale temps dans les Alpes du sud ces jours-ci. La plupart
des troupeaux sont redescendus. Les marmottes se font rares,
et les rares qu'on voit sont grosses.
François Masselot, 21 octobre
1999
Cartographie
Une petite requête. Pensez vous faire un petit truc
sur les astuces de la cartographie : exemple : pourquoi
certaines courbes de niveau possèdent des petites
flèches au centre ? Les croix des églises
respectent-elles quelque chose dans leur direction ?
Laurent Petrilli, 22 octobre 1999
Quelques éléments de réponse
à tes questions concernant la cartographie (signalez
moi si je dis des bêtises... ;-)) La petite
flèche au centre d'une courbe de niveau (la courbe la
plus "petite") indique une dépression. Elle
évite de confondre avec une bosse ou un "mamelon"...
Normalement, la croix indiquant une église est
orientée dans le sens de la nef de l'église
(en gros : depuis l'entrée et en direction de
l'autel). Ceci dit, je n'ai pas de carte sous les yeux pour
vérifier... Petite précision : le mot
"orientée" vient de "tournée vers l'orient",
donc vers l'est. Il provient justement des règles de
construction des églises au moyen âge... De
quoi alimenter quelques conversations de refuge :-) PS :
toute précision (ou correction) concernant ces infos
sera la bienvenue...
Olivier Lacaille, 22 octobre 1999
Les courbes de niveau qui forment un cercle avec une
petite flèche vers le milieu indiquent une
dépression (souvent une doline en pays calcaire).
Lorsqu'il n'y en a pas c'est un monticule. Quant à la
direction des églises, je ne crois pas qu'il y ait de
signification particulière.
David Gueyffier, 22 octobre 1999
Petite précision au courriel d'Olivier : le sens
actuel du mot orientation s'explique du fait que
c'étaient les cartes, et non seulement les
églises, qui au moyen âge étaient
"orientées", c'est-à-dire que le haut de la
carte était à l'est et non au nord. Ce sont
les cartes en T-O, dites ainsi parce qu'elles étaient
rondes comme un O et séparées en trois par un
T délimitant les trois continents : Asie à
l'Est (donc en haut), occupant la moitié de la carte,
Europe en bas à gauche et Afrique en bas à
droite. Jérusalem est au centre du monde et de la
carte, et à son sommet se trouve le paradis
terrestre, situé à l'extrémité
de l'orient. Les églises reproduisaient de
manière symbolique ce modèle cosmologique. Par
la suite, les cartes ont été souvent
orientées dans le sens "utile". La carte des
Pyrénées de Roussel et La Blottière, au
18e siècle, était orientée au sud, vers
l'Espagne. Puis "l'orientation" vers le nord a fini par
s'imposer, mais le mot est resté. On s'éloigne
un peu de la montagne, mais pas de la cartographie. Cela dit
les cartes modernes sont remplies de petits symboles de ce
genre dont le sens précis n'est pas toujours
indiqué dans la légende, et cependant parfois
très utiles pour se repérer. Il y a quelques
années l'I.G.N. pouvait fournir une plaquette
indiquant tous les symboles susceptibles de se rencontrer
sur les cartes françaises. Je ne sais pas si elle est
toujours disponible.
Sylvain Jouty, 23 octobre 1999
Cartographie (les
ombres)
Les photos par satellite représentant les massifs
alpins sont trompeuses. Elle nécessitent une
rééducation de l'oeil. Les monts semblent
apparaître en creux et les vals en relief. A cause des
ombres. Sur les cartes IGN, les ombres aident à
l'identification des reliefs. L'éclairage
théorique est situé au Nord-Ouest. Les
versants orientés au Sud Est sont grisés,
ombrés, et les reliefs deviennent plus lisible,
laissant deviner la raideur des pentes, les successions de
bosses et de creux, l'orientation. Tous le monde y est
maintenant habitué, mais cette aide visuelle n'a
été rendu possible qu'avec l'utilisation des
ordinateurs. Quand on regarde aujourd'hui une carte d'Etat
Major de massif montagneux au 1/ 25 000 ou 1/ 20 000 des
années 50, elle paraît très plate et s'y
repérer demande un effort de méninge. Sur les
cartes satellites "en couleur naturelles", c'est l'ombre
réelle qui est photographiée et fait le
contraste : comme chacun sait le soleil n'est pas fixe au
Nord-Ouest, il parcourt l'horizon de l'Est à l'Ouest
au cours de la journée. L'ombre portée des
montagnes fait que ce sont les faces Nord qui sont
ombrées. Les alpinistes, eux le savent bien, c'est
bien au Nord qu'on trouve la glace. La convention est donc
inversée par rapport aux cartes. Si on est malin, on
met la photo satellite tête en bas, et les ombres
apparaissent (presque) comme sur la carte. (Ne faites pas
pivoter la carte, car vous ne pourriez plus lire les
toponymes...). L'inconvénient, c'est que le Sud passe
en haut, ce qui est aussi perturbant. Mais, quitte à
se croire dans l'autre l'hémisphère , autant
que le Mont Blanc ne soit pas une course de
spéléo, et que les reliefs apparaissent vers
le... haut. Tout ceci n'est qu'une question d'habitude. Que
changer pour restaurer la cohérence ? Reprogrammer
l'ombrage des cartes, ou déplacer le soleil au Nord
Ouest ? Moralité : La carte n'est pas le terrain. PS
: Les couleurs des photos satellite en "couleurs naturelles"
résultent en fait de l'interprétation humaine.
Contrairement aux photos aériennes classiques (c'est
à dire prise d'avion), les photos satellites ne
montrent que des différences de longueur d'onde et la
couleur restituée est arbitraire : marron pour la
mer, vert pour les lacs, rouge pour les forêts... Sur
les photos "en couleurs naturelles" les villes apparaissent
en gris, les forêts en vert, les lacs en bleu (parfois
reteintés)... Finalement on utilise à peu
près les mêmes conventions de couleurs que les
cartes pour recolorier les photos en vrai-fausses
couleurs... Normal, les photos satellites sont aussi
préparées par des géographes
habitués aux cartes. En tout cela nous permet de nous
y retrouver, (pour les couleurs, pas pour les ombres) et
sans doute de trouver les couleurs "naturelles".
François Masselot, 25 octobre
1999
Cartographie
Puisque l'on nous demande des suggestions... Parmi d'autres
choses, j'aimerais voir traité dans l'Alpe, à
l'occasion du numéro sur la cartographie ou dans un
autre, la question de la dénomination des lieux, la
toponymie. Il y a l'aspect "histoire des noms de lieux" sur
lequel il existe de nombreux ouvrages et sans doute quelques
spécialistes. Par rapport à cette histoire
figée, je n'ai jamais vu d'étude plus
"dynamique" portant sur le choix des noms portés sur
une carte et sur les modifications d'usage qu'ils suscitent.
A propos de la carte en général,
j'étais tombé il y a quelques années
sur un bouquin qui m'avais bien intéressé et
dont le titre est plus rébarbatif que le contenu :
Christian Jacob, 1992, "L'empire des cartes - Approche
théorique de la cartographie à travers
l'histoire", Albin Michel. Si certains sont tentés...
Bravo pour l'Alpe.
Olivier Klein, 25 octobre 1999
Cartographie
(toponymie)
La dynamique des toponymes et en particulier des
oro-toponymes (noms de montagnes) me passionne aussi. C'est
un sujet très complexe qui lie la linguistique (les
zones d'influence des langues, leur évolution et
déformations) et la géographie physique (les
montagnes prennent souvent leur nom des formes, nature du
rocher, climat). D'après certains toponymistes, les
noms de montagnes sont les plus anciens de tous les
toponymes. Leur évolution est figée comme les
montagnes qu'ils désignent, du moins à
l'échelle humaine, alors que les lieux habités
changent de noms au gré des révolutions
politiques et culturelles. Les racines Pel- Par- Lan- par
exemple, que l'on retrouve dans Pelvoux, dent
Parachée, La Pare, Lançonnet, Lans en Vercors)
seraient des racines pré-celtiques, c'est à
dire des vestiges des langues qui se parlaient il y a plus
de 2500 ans dans les Alpes, avant les invasions celtiques
des 4e et 3e siècles avant JC et donc bien avant
l'invasion romaine. (Je ne peux citer ma source de
mémoire, mais elle est sérieuse). Les
toponymes "Aiguille de Ravanel et Mummery", "Directe
Américaine", en revanche évoquent un
passé plus récent. Je me demandais
récemment si les études toponymiques actuelles
utilisaient des SIG (Systèmes d'Informations
Géographiques) pour rendre compte de cette dynamique.
Quelqu'un a-t-il des tuyaux là-dessus ? En parlant de
racines linguistique anciennes, il y en a une toute proche
qui se cache : l'Alpe. Alp- et son altération Arp-
sont des racines qui désignent des hauteurs et qui se
retrouvent dans tout l'arc alpin dans toutes les langues :
Dome de l'Arpon, Alpe de Villard d'Arêne,
Alpetlistock, Alpelenhörnli...
François Masselot, 25 octobre
1999
Cartographie au 1/10.000
A ma connaissance, notre institut national a
produit à la fin des années 40, une carte au
1/10 000 de la partie française du massif du
Mont-Blanc et des environs. Il s'agissait semble-t-il d'une
opération de prestige. Ces cartes sont effectivement
superbes, en couleur, avec une teinte dominante jaune
correspondant aux alpages. Elles forment un assemblage
imposant. J'en possède quelques feuilles à
plat, et deux autres pliée dans un étui
cartonné. Elles ont donc été
diffusées sous ces deux formes. Je me suis toujours
demandé dans quelle mesure le figuré des zones
rocheuses était réaliste. Dans le genre
historique, l'IGN diffuse aussi, entre autres via son site
web, des photos aériennes prises lors de
différentes campagnes au cours des cinquante
dernières années. La comparaison des images
d'une même zone à des dates différentes
est passionnante. Malheureusement, ces documents restent
très chers, surtout en grand format.
Olivier Klein, 26 octobre 1999
Effectivement, je n'ai jamais vu de telles cartes dans le
commerce. Celles de montagne, que j'ai pu regarder,
étaient encadrées. Visuellement, c'est
très beau (exemple : gros plan sur l'Aiguille du
Midi) et c'est ce qui m'a poussé à en faire
mention. Le site de l'Institut géographique national
présente ce type de cartes et propose des copies.
J'imagine que sur commande spéciale, on peut obtenir
des tirages de qualité (?). L'utilisation sur le
terrain paraît en effet beaucoup moins pratique que
celle des 1/25 000... Pour Chamonix-Zermatt, combien de
cartes ? Mais peut-être que dans certains cas de
secteurs peu connus, ou reliefs très
compliqués...
Hervé Bodeau, 25 octobre 1999
A ma connaissance, ces cartes peuvent être soit
simplement des agrandissements de la carte au 1/25 000, sans
ajout de détails supplémentaires (comme c'est
le cas en Belgique), soit des documents encore plus
précis, comme en Suisse, ou l'équidistance est
plus réduite et ou de nombreux détails sur
l'occupation du sol sont ajoutés (du moins sur les
cartes de la région de Zermatt que j'ai eu l'occasion
de lire). Les cartes suisses au 1/10 000 sont de
véritables petits bijoux, aussi en ce qui concerne
leur prix (48 CHF pièce environ)... En ce qui
concerne la France, je ne sais pas à quel cas de
figure elle se rattache, ne visitant
qu'épisodiquement votre beau pays... Enfin, je crois
qu'il convient de rappeler que ces cartes sont
principalement à usage professionnel, où leur
précision accrue est vraiment appréciée
(pour aménageurs du territoire, gestionnaires,
géographes, géologues, géomètres
et autres geos...). Je n'ai jamais vu personne les utiliser
en randonnée dans les Alpes.
Angélique Prick, 26 octobre
1999
Cartographie
(toponymie)
On ne se rassasie jamais des bonnes choses : que la liste me
pardonne d'insister un peu sur la toponymie, bien que la
revue qui nous rassemble en ait fait déjà
beaucoup sur ce sujet... La revue c'est l'Alpe, au singulier
universel, et ça n'a rien à voir avec les
Macintosh. Même en tirant l'éthymologie par les
cheveux on n'arrivera pas à rapprocher Apple de Alpe,
par contre les ordinateurs permettent ce genre de raccourci
clavier :-o, mais alors il faut mettre 2 L à Apple (-
; (je suis gaucher ;-)) Outre l'article que Pascal
mentionne, l'éthymologie de "chalet" taillée
à la serpe de main de maître dans un autre
numéro ainsi que l'article sur les montagnes à
vaches ou à moutons ont retenu mon attention avec un
bonheur non feint... La liste a contribué aussi avec
l'échange sur les montañeros. Mais les temps
changent : dans un coin des Alpes que je connais, la
montagne des Agneliers (de Agneau) est aujourd'hui
donnée en pâture aux vaches et celle de
Bouzoulière (de Bou- = boeuf, bovin) aux agneaux...
le monde à l'envers.
François Masselot, 28 octobre
1999
Cartographie au
1/10.000
Olivier a écrit :
"L'IGN diffuse aussi, [... ] des photos aériennes
prises lors de différentes campagnes au cours des 50
dernières années. La comparaison des images
d'une même zone à des dates différentes
est passionnante."
Moi qui bêtement voyait dans les montagnes quelque
chose d'immuable... tu nous dis que les différences
sont captivantes... Etrange sentiment. Mais nos
aménageurs y sont sans doute pour quelque chose. Je
pense qu'on est plus frappé, en comparant des photos
aériennes prises à cinquante ans
d'écart, par le nombre de chalets, les
remontées mécaniques, la voirie que par
l'effondrement de la Directe Américaine aux Drus, ou
autres chutes de pierres moins célèbres. La
glaciologie en revanche doit y trouver son bonheur :
avancée ou recul, la diète des langues
glaciaires doit se voir comme le nez au milieu de la
moraine. Dans mon jeune temps, je m'amusai à comparer
des cartes du Queyras de deux époques : celles
modernes dessinées à partir des photos
aériennes et celles, basées sur des
relevés des années 30, bien que
publiées dans les années 50. Et ô
surprise, mon sens de l'orientation en prit un coup :
certains vallons se superposent très mal, accusant un
écart relatif de 20 degrés. Pour être
plus clair, le même vallon est orienté au NNO
en 1950 et au NO en 1980. C'est particulièrement
flagrant dans des zones difficiles d'accès
(Ségure, Traversette). Je suis convaincu que les gars
faisaient la triangulation à la main ou plutôt
à pieds. Si j'organisais des courses d'orientation
dans ce secteur, je donnerai la fausse carte...
François Masselot, 28 octobre
1999
Dans mon coin (région marseillaise), l'IGN a sorti
depuis pas mal de temps la cartographie des Calanques au
1/15 000 : c'est vraiment très lisible. Une autre
précision : quand j'ai commencé la
spéléo, en 67, l'IGN éditait le 1/50
000 de base, et aussi le 1/20 000 qui était aussi
extrêmement clair. Malheureusement, pour des raisons
d'uniformisation européenne, peu de temps
après 67 (vers le début des années 70),
le 1/20 000 a été remplacé par le 1/25
000, déjà nettement moins "clair", et donc
moins facilement exploitable. De plus, au fil des ans, ce
1/25 000 a été surchargé par des
indications de type touristique, le point culminant de cette
surcharge étant la série des TOP 25 :
itinéraires de marche à pied en rouge, ceux de
ski en bleu, et toute une symbolique pour des indications
qui ne sont pas vraiment indispensables... On trouve encore,
malheureusement de moins en moins, des 1/25 000 Série
Bleue sans aucune surcharge... bientôt, ce seront des
reliques ! Loi du marché oblige ! (...) Si quelqu'un
a eu entre les mains le découpage de la France en
feuilles au 1/25 000, il ne lui aura pas
échappé qu'il y a des centaines et des
centaines de feuilles. Donc, pour la mise à jour, un
nombre incalculable d'années. Quoi qu'il en soit,
l'IGN met constamment à jour ses cartes, mais je
crois savoir que la priorité a été
donnée aux zones urbanisées... et encore,
l'IGN a du mal à suivre, vu la rapidité de
l'évolution urbanistique (ça construit
à tours de bras...). Donc, la mise à jour des
zones qui nous intéressent (montagne et zones peu ou
pas urbanisées) est passée un peu au second
plan (si j'ose dire !). Néanmoins, l'IGN est toujours
sur le terrain pour la mise à jour. Je me souviens
(il y a quelques années) avoir reçu, à
la mairie où je bosse, des gars de l'IGN, venus pour
mettre à jour des erreurs de leurs cartes, concernant
l'emplacement des lieux-dits. Le but de la manoeuvre a
été de comparer les plans cadastraux, sur
lesquels les lieux-dits sont correctement indiqués
(c'est bien une des rares choses qui soit correcte sur ces
plans cadastraux !) et la carte au 1/25 000 de la commune,
pour les mettre en concordance : on s'est aperçu que
la carte IGN présentait pas mal d'erreurs en ce qui
concerne l'emplacement de ces lieux-dits, et on a
passé ensemble plus d'une demi-journée pour
faire le tour de toutes les erreurs (donc, tirez-en les
conclusions, notamment si vous vous renseignez auprès
d'un gars du coin, au sujet d'un lieu-dit que vous avez lu
sur la carte). Ceci étant, je n'ai pas eu la
curiosité de vérifier, plus tard, s'ils
avaient sorti une édition mise à jour
après ce travail. Faut dire que je m'en bats l'oeil
avec une pelle à tarte, parce que ma commune et ses
lieux-dits, je les connais depuis un paquet d'années,
et je n'ai pas besoin d'une carte, encore moins d'une
boussole :-) pour m'y retrouver ! (...) Il est fort possible
(et même quasiment certain) que l'IGN édite
uniquement pour l'armée des séries
spéciales à des échelles plus grandes
(1/10 000, 1/5 000, voire plus) : là,
évidemment, non seulement la précision
intrinsèque est nettement meilleure, mais de plus il
peut y avoir beaucoup plus de détails, tout
simplement parce que, sur le papier, il y a plus de place
pour en mettre. Exemple tout bête : si vous avez une
carte au 1/50 000 et une au 1/25 000 (elles peuvent
être d'endroits différents, ça n'a
strictement aucune importance), comparez, dans la
légende, la valeur en mètres de
l'équidistance des courbes de niveaux : vous pigerez
tout de suite. Une dernière chose sur l'IGN et
l'armée : l'IGN, qui est maintenant un
établissement public à vocation commerciale,
donc civil, a été fondé en 1940, et
s'est peu à peu substitué à l'ancien
"Service Géographique des Armées", pour le
remplacer définitivement après la
dernière guerre (si mes souvenirs d'étudiant
sont intacts).
Gérard Renon, 15 décembre
1999
(...) Je suis un touriste pure race quand j'évolue
hors de mon jardin (la vallée de Barcelonnette).
Ainsi, dans les Pyrénées, le Piémont,
les Grisons ou ailleurs, j'aime par dessus tout trouver les
surcharges rouges pour touristes sur les cartes. Imagine,
quand j'emmène ma belle mère (une hanche
artificielle), ou mon neveu asthmatique voir les marmottes,
que je les promène dans des vernes, sur une mauvaise
draille, ou galérer dans des ronces, et des
éboulis foireux ! Drame familial assuré. Par
contre quand je me promène seul, j'aime savoir ou
vont les autres (sur les surcharges), pour m'écarter
a priori de leurs itinéraires. Et encore, quand je
suis pris par la nuit ou le brouillard, toujours seul, je
suis heureux de retrouver les sentiers bien tracés et
bien balisés et de rentrer à la voiture en
marchant sur les surcharges. Ou encore, on ne réussit
pas les courses engagées en commençant
à innover dés la marche d'approche... Ni les
voies d'escalade quand on ne trouve pas le site. Par
ailleurs, les Top 25 couvrent une région
équivalente à plusieurs cartes série
bleue, et sont centrées sur les zones touristiques,
c'est à dire les plus intéressantes, et
permettent de couvrir un séjour avec une seule carte
(58 F) au lieu de deux à quatre série bleue
à 46 F pièce. La carte fait voir le terrain
à celui qui ne le connaît pas, en fournissant
aussi des informations sur l'état des chemins, leur
entretien, les équipements fixes (échelles,
câbles...). En effet, les surcharges rouges assurent
presque à coup sûr que l'itinéraire en
question est fréquenté et bien entretenu. En
ce sens les surcharges ajoutent de la valeur à la
carte. Libre à chacun d'utiliser cette information ou
non. Mon jeu favori, dans mon jardin, c'est de me balader
sans sortir la carte du sac afin de développer le
sens du terrain. Mais on ne peut jouer à ce jeu dans
un environnement totalement nouveau, celui où on est
touriste, sauf à passer beaucoup de temps sur des
fausses pistes. Et nous sommes tous des touristes dés
que nous sortons de notre jardin. Les cartes Top 25 sont
donc bien faites pour nous, sauf peut-être celle de
notre jardin.
François Masselot, 15
décembre 1999
Au contraire, dans les Pyrénées, IGN est
tellement défectueux que c'est L'institut
géographique de Catalunya (Espagne) et Rando
éditions qui ont sortis ensemble une carte au 1/50
000 portant sur les deux côtés de la
chaîne pyrénéenne. Difficilement lisible
avec les surcharges touristiques (pour randonneur :
rentabilité l'exige) sûrement pas indispensable
pour ceux qui savent lire une carte mais j'ai le sentiment
qu'on fait des cartes pour ceux qui ne savent ni la lire ni
s'orienter et aussi pour ceux qui refusent une formation
minimum à l'orientation. C'est un point que Mountain
Wilderness devrait rajouter à sa Charte avec le
chapitre sur les topos : plus de surcharges à
touristes. Le pire est quand même de savoir que toutes
les parties sous couverts ne sont pas revues ni
modifiées. D'où le nombre d'erreurs
grossières accumulées depuis des
décennies avec les pistes forestières et
l'abandon des chemins traditionnels. Certaines cartes comme
dans le Nistos ou la Barousse dans les
Hautes-Pyrénées ne veulent plus rien dire pour
une grande partie de la superficie.
Louis Dollo, 15 décembre 1999
Cartographie
La lecture des carte est pour moi un exercice sans cesse
renouvelé, et peut donner lieu à des finesses
insoupçonnées au premier abord. Le
problème qui se pose souvent est de trouver une
balade calibrée, optimisée en fonction de la
météo, de l'horaire disponible, de la saison,
du groupe de promeneurs... L'équation peut devenir
complexe : comment faire plaisir à sa vieille maman,
sans s'ennuyer soi-même toute la journée,
trouver une motivation pour faire marcher un ado, ne pas
refaire la balade de la semaine passée, et
éviter à tout prix les galères ?
Où trouver les moutons le 20 août ? Le
gypaète sera-t-il encore où on l'a vu la
dernière fois ? De fait il y était, mais pas
le jour où nous y allions "exprès" ! Où
voir des lys martagons le 1er juillet, et manger des
groseilles à la Saint Michel ? Quand on est
près de chez soi, on trouve, mais remplir ce cahier
des charges dans d'autres alpes devient gageure. Poutant,
avec du flair on identifie sur la carte les zones à
chamois, à framboises, sans parler du
génépy. Or ni les pieds de framboisier, ni les
sabots des chamois ne figurent explicitement sur la carte.
Cependant au delà du terrain, elle donne des
indications à interpréter pour trouver de quoi
se mettre sous la dent, ou sur la pellicule, respectivement
: orientation, végétation, altitude, nature
des terrains, toponymes. On parvient à
réaliser des tours de force, et parfois à de
grosses bourdes qui fâchent belle-maman... Et seul,
encore une fois, le plus grand plaisir est de ne pas sortir
la carte du sac et de ne se fier qu'à son
inspiration.
François Masselot, 15
décembre 1999
Cartographie et montagne
interdite
(...) Résumé : si Louis et moi sommes bien
d'accord sur un point, c'est que la lecture des cartes est
utile et nécessaire, (et pour cela d'avoir appris
à le faire). Pas contre, nous divergeons sur
l'intérêt de porter sur les cartes les
"itinéraires" en plus des "chemins". Louis ne voit
pas l'intérêt des itinéraires
(surcharges en rouge), information tournée vers le
randonneur, et non par exemple, vers le chasseur, le
militaire ou le promoteur), par rapport aux chemins
(tracé en noir, trait continu, pointillé
etc.), c'est à dire un information factuelle,
détachée d'une utilisation
particulière. Pour conclure, la carte touristique est
bien destinée aux touristes-randonneurs , cqfd. L'IGN
fait son boulot. Louis semble ne pas apprécier autant
l'IGN que moi !On peut encore déplier la carte, la
retourner, pour n'y trouver qu'un terrain vierge, comme les
tâche de blanc des cartes du XVIIe siècle, et
s'aventurer dans ce milieu hostile ;-) Se perdre en
montagne... Je souhaite revenir sur un point : quand je
parle de me perdre en montagne, malgré le sens
péjoratif de l'expression, c'est une
expérience positive. Je cherche souvent à me
perdre, c'est à dire à errer sans but, suivre
ma route sans savoir où elle mène. Tous mes
bonheurs en montagne viennent de ces situations, où
l'inattendu reprend de la place. Les cartes restent alors
volontairement dans le sac. Voyez y une prise de risque
irresponsable si vous voulez, vous ne m'empêcherez pas
de jouir de ma liberté d'homme galopant au hasard des
croupes herbeuses. Les promenades touristiques en ville
apportent aussi bien plus aux sens si l'on erre, que lorsque
l'on suit un guide, humain ou papier. Montagne interdite...
Quant à la réglementation de certains
secteurs, voici une expérience vécue : les
employées high-tech de la Bay Area de San Francisco
sont coutumier de l'escapade en VTT. A tel point, que les
conflits entre cavaliers, piétons et VTTistes sont
fréquents, ont données lieu à des
procès etc. L'état s'en est donc
mêlé, bien dans son rôle, pour
réguler une situation de conflit. Les pistes de VTT,
en pleine colline, donnent lieu à des situations
particulières, inimaginables en Europe : il y a des
heures d'ouverture et de fermeture (ouvert de 8 h à
18 h par exemple) avec barrière. La circulation en
VTT est interdite pendant les heures de fermeture. Le port
du casque en vélo est obligatoire, des pistes sont
réservées respectivement aux cavaliers,
piétons et VTTistes, et certaines sont mixtes, la
vitesse en vélo est limitée à 20 miles
à l'heure, soit 32 km/h. Les contrôles radar
fréquents des rangers (les gardes) donnent lieu
à des contraventions et des amendes. La vitesse,
quand on croise des piétons, est limitée
à 5 miles/h. Bien sûr, je m'inquiète des
interdictions galopantes (préfectorale cet hiver
à la suite de l'avalanche du Tour, communale ici et
là, administrative dans les parcs et
réserves). La montagne que mes parents ont connue
n'était pas interdite. Que connaîtront mes
enfants ? Note d'optimisme... Il y a un cas de
réglementation sécuritaire en France qui a du
plomb dans l'aile : c'est l'interdiction de
pénétrer dans les massifs de Sainte Victoire,
des Calanques et de Sainte Baume à date fixe (genre
30 juin, 20 septembre). L'objectif est, soi-disant,
d'éviter au public d'être victime des incendies
(un jogger est mort carbonisé dans
l'incendie-catastrophe de 1989) et de limiter les risques
d'incendie criminel ou accidentel pendant le période
sèche. L'ironie, à l'esprit de tous les
Aixois, est que c'est justement un ouvrier forestier
chargé du débroussaillage préventif qui
fut à l'origine de la catastrophe, de l'essence ayant
été renversée sur sa
tronçonneuse bouillante. Pourtant, les maires, bien
qu'à l'origine de cette interdiction ne sont plus
convaincus aujourd'hui de son bien-fondé. Cette
interdiction est un handicap économique qui fait fuir
les touristes des communes rurales et concentre tout le
monde en ville. Elle ne peut être rigoureusement
appliquée, car ces massifs ne sont bien entendu pas
clôturés. Et les citadins aixois et marseillais
sont mécontents qu'on leur interdise leur espace
naturel de détente favori. On verra sans doute cette
interdiction tomber à moyen terme, un ou deux ans, et
être remplacées par d'autres règles,
plus souples : interdiction les jours de grand vent
seulement, comme c'est déjà le cas dans le
département du Var.
François Masselot, 15
décembre 1999
S'orienter sans
balisage
Un mien ami, berger et grand braconnier devant Saint Hubert,
59 ans, greffé d'un rein, eût largué
tout le monde si la montagne était un sport, de par
la puissance de son jarret, et sa fine connaissance des
sentiers sur une assez grande région. Pourtant ses
capacités à lire carte et boussole sont nulle.
Explication : ses repères s'appellent en vrac : le
coulet des pins, la grande cassille, le poste à
lièvre, le baù, l'assalis, la couchade des
béligues... Bref, quand il m'expliquait des lieux, je
ne comprenais rien. Une fois que je lui demandais de
m'expliquer un endroit d'après les repères de
la carte, il resta dubitatif : rien ne correspondait : tel
chemin effacé, tel rocher pris comme une cabane, tel
source non figurée... Je lui tends la carte. Lui se
gratte la tête, et près dix secondes me la rend
en disant : "je comprend rien à ça, je
t'emmènerai, tu verras l'endroit". De fait, l'endroit
était, "après le coulet des pins, en
s'envoyant un peu à gauche dans la grande cassille,
et après les méles qui ont pris le tonnerre en
juillet". Les coordonnées Lambert ne nous auraient
pas aidé. Jacky ne sait pas lire une carte, et
même il ne sait pas lire du tout. Sa montagne à
lui n'est ni du tourisme, ni du sport. Quant aux secours,
c'est parfois lui qui ramène au village les gens
perdus dans le brouillard. Ca vous en bouche un coin, hein !
François Masselot, 16
décembre 1999
Je connais quelques universitaires, et surtout des "profs
de terrain", qui appelle cela de la lecture de paysage. Et
cela commence à s'apprendre à l'école.
Toute personne qui s'aventure en montagne, devrait
connaître ces petits signes laissés par la
nature (érosion, couverture végétale,
variétés d'arbres, d'arbrisseaux, d'herbes et
de fleurs), les animaux (traces conduisant à une
source, crottes, herbes délaissées), mais
aussi par "l'homo sapiens" (cairns, sentes des
bûcherons, branchages abandonnés, empilages de
pierres, sentiers...). Arrêtons cette liste pleine de
lacunes, car nombreux sont ces signes présents et
laissés sur le terrain, qui sont tout
particulièrement appréciables lorsque l'on a
perdu son fil d'Ariane, ou bien lorsque l'on se retrouve en
plein brouillard. Des "citoyens" comme Jacky cela existe
encore, et j'ose espérer que ce n'est pas une
espèce en voie de disparition. Ils n'ont pas besoin
de boussole, car elle est intégrée avec leur
"horloge interne", qui elle fonctionne sans bogue. Pour
conclure, provisoirement, en ce qui me concerne, j'aime
rencontrer des "Jacky" même si ceux là ne sont
pas toujours "causants". En tout cas ils n'ont rien à
voir avec "l'élite montagnarde et vantarde".
Orientons-nous sans balisage, carte et boussole !
Daniel Leconte, 17 décembre
1999
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