Les débats qui agitent AlpiListe

La question autrichienne

AlpiListe est une liste de discussions créée par Glénat Presse et consacrée à la montagne dans tous ses états, sportifs, touristiques et culturels.

Sur les pages qui suivent, vous pourrez consulter une sélection de contributions (classées par thème et par ordre chronologique) postées sur cette liste de discusssions. Ces messages, envoyés par courriel, n'ont pas été retouchés en ce qui concerne l'orthographe, la syntaxe, les titres ou la grammaire employées par leurs auteurs respectifs... Les opinions exprimées n'engagent que leurs auteurs.

Revue de presse
L'article de Luc Rosenzweig paru dans Le Monde du 17 novembre 1999 ("Les colères tenaces des gens des montagnes") est certes intéressant, mais franchement, il ne fait pas vraiment avancer le schmilblick... Pourquoi vouloir à tout prix opposer "l'homo alpinus" et les "gens du bas", comme dans la fable que l'on apprenait à l'école : "Le rat des villes et le rat des champs" ? C'est vrai qu'il est tellement facile de fonctionner par grandes oppositions, du genre les gens du Nord et les gens du Sud, les Français et les étrangers, les MacDo et la tartiflette, les anciens et les modernes, j'équipe et j'équipe pas, etc. Que nous dit l'article ? Que les Verts font un bon score dans certaines communes de montagne. C'est bien ! Mais faut il pour autant en déduire qu'ils sont révolutionnaires ? Que "ceux d'en haut" en ont ras le bol des camions : je croyais plutôt que c'étaient les gens des vallées concernées... (à moins que ce ne soient les gens des vallées d'en haut, ce qui complique la chose... ;-) Que les habitants des montagnes auraient des tendances populistes ? S'il n'y avait qu'eux ! Que "ceux d'en bas" et "ceux d'en haut" seraient irréconciliables sur les questions de sécurité et de responsabilité en montagne ? Les montagnards s'en remettant à la seule fatalité ? Rassurez nous : il est fini le temps des ex-voto censés lutter contre les avalanches et que l'on trouve dans certaines chapelles de montagne. Les professionnels de la sécurité en montagne, chercheurs, scientifiques, secouristes, guides et j'en passe, tous concernés par ces questions, proviennent autant du "bas"que du "haut"... Bref. L'image du montagnard bon sauvage mais fruste me semble un peu dépassée... Pire, c'est en entretenant ce genre de stéréotype et d'opposition, que l'on crée les malentendus, les idées reçues et la xénophobie... Commentaires bienvenus :-)

Olivier Lacaille, 17 novembre 1999

Bravo !
Je pense qu'effectivement il ne faut surtout pas plonger dans le stéréotype et ce genre d'opposition. Mais les Alpes, comme certaines autres régions françaises, ont la chance d'avoir une culture forte (la revue L'Alpe en est d'ailleurs un superbe témoin, bravo). Tu cites toi-même, Olivier, la tartiflette, plat régional à forte personnalité, à une enseigne qui offre des nourritures nettement moins typées. Ce que traduit Le Monde par de la colère, n'est ce pas une manifestation de défense de cette culture (ces cultures ?).

Pierre Witt, 19 novembre 1999

Revue de presse
Les abominables hommes des neiges osent encore se rebeller et cela fait réagir le très parisien Le Monde. Il est normal que des réflexes identitaires apparaissent quand la centralisation reste pure et dure. C'est l'Etat centralisateur qui est à l'origine de ces réactions. Des initiatives comme L'Alpe ou la renaissance de chaînes locales comme 8 Mont-Blanc (si le Conseil supérieur de l'audiovisuel le veut bien) sont à mon avis des remparts très efficaces contre les intolérances. Des accidents comme celui du tunnel du mont-Blanc ont créé une situation de fronde. L'Etat doit jouer son rôle en protégeant et préservant les habitants des régions alpines tout comme l'ont fait les états suisses et autrichien (ferroutage, restrictions de circulation, etc.). Le seul souci est que l'Etat français est actionnaire de bon nombre de sociétés de transport routier via la SNCF, ce qui explique pourquoi cette dernière n'est pas motivée par le ferroutage). Partout la montagne devient une sorte de Luna Park, un Disneyworld des neiges conçu pour l'aventurier des temps modernes ou le freerider (dernière invention des hommes de marketing pour donner un nouveau souffle à un marché qui s'essoufflait). Ce coté "parc d'attraction" est voulu et souhaité par des groupes comme la Compagnie des Alpes... La mondialisation laisse aussi sa trace en montagne. Ne faisons pas de mauvais procès aux peuples des Alpes qui de tous temps ont montré leur modération et leur ouverture d'esprit quand les racines du mal sont ailleurs... La prochaine fois je parlerai de neige et de ski, mais j'avais besoin de réguler une petite poussée urticante...

Jean-Christophe Roumailhac, 23 novembre 1999

L'alpe brune ?
Allez-vous traiter des "crétins" dans le numéro que vous préparez consacré aux bestiaires des Alpes. J'entends par là les individus brunâtres qui revendiquent l'alpe pour leur usage unique : Umberto Bossi, Jörg Haider, ligue savoisienne, etc. (ce petit etc. m'arrache les tripes).

Patrick Morel, 14 février 2000

Ma réaction aux événements autrichiens est "nulle" : je m'abstiendrai silencieusement d'aller grimper, faire de la montagne et (surtout) dépenser de l'argent en Autriche, pour les mêmes raisons que j'ai attendu la mort de Franco pour mettre les pieds en Espagne.

Daniel Taupin, 14 février 2000

Coup de gueule
Je suis surpris que sur ce type de liste on nous casse les c... avec des histoires de publicité et de politique. On est bien loin de la montagne mais puisque ce type de dialogue semble beaucoup plus intéresser les philosophes de la montagne que la pratique elle même, allons-y. Sur ces points-là aussi, j'ai de la matière. (...) Quelle drôle d'idée de vouloir parler politique. Je n'y vois aucun intérêt ici, mais ça ne me dérange pas. Je constate avec beaucoup de déception que tous nos intellectuels de la liste parlent comme de bons "prolos" tenant le zinc d'un bar en refaisant le monde. En fait, j'ai le sentiment que certains d'entre vous n'ont pas beaucoup évolué depuis 1968. Il faudrait peut être avant tout définir ce qu'est la liberté, la démocratie, l'esprit républicain, etc. Vous aborder le sujet de l'Autriche un peu n'importe comment. L'Autriche est un pays démocratique qui a élu démocratiquement ses représentants. De quel droit doit on remettre en cause le choix du peuple. Et si l'Autriche remettait en cause nos choix de Français ? La démocratie à ses travers mais doit-on pour autant la remettre en cause et accepter des dictatures ? Je sais que sur cette liste, certains préfèrent Staline, responsable de génocides (au pluriel) au même titre qu'un Hitler (d'ailleurs les deux ont su un temps s'entendre pour anéantir des pays comme la Pologne et quelques autres) plutôt qu'une démocratie où l'idiot du village ou le sénile de la maison de retraite a le même droit de vote que l'intellectuel éclairé. Partant de là tous les abus sont possibles. Qu'est ce qui manque en fait  ? C'est l'esprit républicain : liberté, égalité et fraternité. De ça, personne ne parle. Evidemment, la liberté dérange. On le voit même sur cette liste. La liberté de parole est remise en cause par certains listiers (toujours les mêmes d'ailleurs) parce qu'il est inconvenant de sortir d'un moule fabriqué par eux-mêmes. Alors on crée des règles comme la Nétiquette (c'est quoi cette connerie ?), des statuts (de fonctionnaire bien sûr : virez-les tous !), des règlements, des codes connus ou inconnus, une éthique (c'est quoi ce machin ? Un truc pour ne pas utiliser du pof ici ou là ?) Vous ne croyez pas qu'il y en a marre de toute votre masturbation intellectuelle ? Allez en montagne en toute liberté et vivez libre !

Louis Dollo, 15 février 2000

Louis, tu es sûr de ne pas manquer d'iode ;-) Plutôt que la montagne où, tu le sais, l'homme perd de ses capacités en montant en altitude (enfin il faut monter quand même assez haut...), je te conseille une semaine de vacances au bord de la mer. Parlons de tes petits agacements, Louis. Personnellement, la pub je m'en fous (c'est visiblement mal, mais j'ai accepté ces petites compromissions depuis un certain temps) et je ne fais pas parti des soixante-huitards, mes parents m'ayant fait naître une année érotique. Bref je suis un être quasi-parfait et nous sommes donc fait pour nous entendre. Seule ombre au tableau, un Autrichien. Tu sais, un de ceux qui aiment leurs sommets blancs, leurs alpages verts et leurs chemises brunes. C'est vrai qu'AlpiListe est un espace de communication (avec ses règles : par exemple, les baffes sont interdites, les écrans ne le supporteraient pas...) consacré à la montagne. Mais Jörg habite à la montagne et ça m'embête un peu. Alors je suis monté sur un sommet (virtuel, sinon j'ai mal aux pieds rapidement) et j'ai vu Umberto Bossi aux pieds des Alpes italiennes. L'un des dirigeants de la Ligue du Nord a proposé de prendre les empreintes digitales des mains... et des pieds des immigrés. Encore des mecs qui ont peur que ces derniers se fassent des ampoules en traversant les cols alpins à pieds ! En me penchant côté allemand, les nostalgiques de l'Union du peuple allemand (DVU) faisaient une randonnée en Bavière en chantant des tubes des années 40. En Suisse, Christoph Blocher, dont l'Union démocratique du centre est arrivé en tête aux élections fédérales en octobre 1999, se faisait pousser la mèche et la moustache sur une vire dans une belle voie de l'Oberland bernois. Alors, pour me remonter le moral je me suis tourné vers mon coin de paradis (la Haute-Savoie) et là, horreur ! Les cagots, les fameux crétins des Alpes venaient d'ouvrir un site Internet pour vanter l'air "pur" de la Savoie indépendante (ne comptez pas sur moi pour vous donner l'adresse, j'aime pas la pub et puis c'est interdit de dire des gros mots sur Alpiliste). Alors là, les montagnes venaient d'en prendre un sacré coup derrière les oreilles. Assiégées qu'elles étaient ! Et, cerise sur le gâteau, Louis, tu rentres de vacances et tu commences à piquer un de tes fameux coups de gueule. D'habitude, tes courriels me font marrer, mais cette fois ça sentais le rance, le retour de rando avec les chaussettes qui ont servi plusieurs jours. Ça sentait pas bon. Alors, aujourd'hui je me sens obligé de te rappeler qu'Adolf Hitler est arrivé aux pouvoirs par les urnes, mais que cela n'en a pas fait pour autant un gentil garçon. En septembre 1995, devant un parterre de la fine fleur des combattants de la seconde guerre mondiale, parmi lesquels se trouvaient d'anciens Waffen SS, Jörg Haider a déclaré : "Il existe encore des gens honnêtes, des hommes de caractère, fidèles à leurs convictions ; en dépit des oppositions, ils sont restés fidèles à leurs convictions jusqu'à aujourd'hui." (source : L'Express du 10 février) Et ça, Louis, ça me bloque. J'ai envie de chausser les tricounis à grand-père pour aller lui botter le train. Et ça se passe dans les Alpes ! Alors de même qu'on peut parler de la politique des transports alpins et des camions qui empuantissent les vallées sur AlpiListe, on peut parler des "crétins des Alpes" qui salopent l'esprit des alpages. Et la montagne dans tout ça ? Et bien, il serait intéressant de s'interroger : qu'est-ce que l'alpe des Glières et du Vercors représente aujourd'hui ? Personnellement, j'ai toujours pensé qu'au-delà de la forteresse de pierre, le maquis des Glières étant une forteresse morale. Que cette barre rocheuse était l'incarnation indestructible des valeurs de ceux qui s'y sont cachés : ne jamais se plier à l'abjection. Ça fait un joli sujet de réflexion pour ceux qui aime la montagne et ses valeurs.

Patrick Morel, 15 février 2000

Suggestions suite aux coups de gueule
La montagne n'est peut-être pas uniquement un espace physique. Elle est aussi un espace humain avec tous les aspects que cela comporte (le poétique, le politique, l'économique, le sportif, etc.). Je pense qu'un grand nombre d'abonnés de cette liste sont aussi lecteur de L'Alpe et que l'objectif de cette espace de communication est simplement de permettre à toutes les approches de la montagne de s'exprimer comme dans cette revue. Dans le numéro consacré à la transhumance, l'article de prospective sur les transports alpins était... politique. Parce que l'alpe est aussi une réalité politique (et politique n'a pas toujours un sens péjoratif et partisan). Bref, je pense qu'un échange de vues sur la politique (pas à coups de baffes, évidemment ;-) n'est pas forcément hors sujet sur cette liste. (...) J'ai une montagne rêvée que je veux idéale. Mais mon rêve est rattrapé par la réalité. J'ai été surpris de constater que les idées discutables de la Ligue savoisienne faisaient un carton dans mon coin de paradis. Ce qui m'intéresse aujourd'hui sur cette liste, c'est que d'autres apportent un avis sur cette montée du repli identitaire alpin. Et ça nous concerne tous, même Louis qui se fout de "l'éthique en toc, du spit et du pof" ;-). Juste pour mémoire, certaines conquêtes de l'alpinisme ont été réalisées dans un contexte historique très particulier. Un historien de l'alpinisme pourrait peut-être nous rafraîchir la mémoire ? Comment se fait-il que, dans les pays de l'arc alpin, se développe un repli identitaire sur "les bonnes vieilles valeurs de nos vallées" comme on l'entend en Haute-Savoie, en Italie, en Suisse ou en Autriche. Alors que justement les Alpins ont souvent été des populations qui émigraient ? Voilà quelques questions qui m'intéressent. Suis-je le seul ?

Patrick Morel, 16 février 2000

La recherche identitaire de nos vallées
Il y a longtemps que, dans les Pyrénées, nous connaissons les effets du repli identitaire. Il n'a, en fait, jamais disparu et il existe jusque dans les fond des vallées. On peut même dire que chaque vallée constitue à elle seule un repli identitaire. Qui connait les fondements de la république toy, une des premières démocraties (en ce sens que chacun pouvait voter) et qui existe encore à travers la propriété des terrains de montagne (les communes ne sont pas propriétaires) et une commission dite "des vallées de Barèges" (il y a la même chose à Cauterets à partir des restes de l'abbaye de Saint-Savin) ayant des accords transfrontaliers avec l'Espagne (rio Ara) ? Les représentants de l'Etat français ne sont, dans cette affaire, que des observateurs depuis le Moyen Âge. Lorsqu'un ministre vient en visite dans les Hautes-Pyrénées, le président du Conseil général lui dit systématiquement : "La Bigorre est heureuse d'accueillir sur ses terres un représentant de la France". Et nous sommes dans un fief radical-socialiste. Et je ne parle pas du pays basque qui, encore une fois, demande à être séparé du Béarn et de la Catalogne qui ne s'est jamais vraiment préoccupée de l'existence d'une frontière au Sud. Ce n'est pas pour autant que ces idées sont préoccupantes. Je ne connais pas la Ligue savoyarde ni les idées qu'elle répand mais, vu des Pyrénées, ça n'apparaît pas vraiment comme un malheur. Ce sont des choses courantes chez nous (et je ne suis pas originaire des Pyrénées) et qui font partie de l'histoire des Pyrénées. Pourtant, les Basques se sont beaucoup expatriés et encore aujourd'hui. Les Pyrénées ont toujours connu ces replis identitaires avec néanmoins une forte identité pyrénéenne de part et d'autres de la chaîne. Certains parlent de peuples basque, béarnais, bigourdan, luchonais, ariégeois (Couseran) et catalan du côté nord et de basque, navarrais, aragonais et catalan du côté sud. J'invite à lire la littérature pyrénéenne, à visiter le musée pyrénéen au château de Lourdes, à lire tout ce qui touche à la croisade des Albigeois par Simon de Montfort, pour comprendre que la chaîne pyrénéenne ne s'est jamais vraiment identifiée à la France jusqu'à Napoléon et le régiment de Bigorre. Ce n'est pas pour autant que la situation est dramatique. Elle se vit bien et j'avoue ne pas très bien comprendre tes inquiétudes de recherche identitaire dans les vallées alpines. Puisque tu veux que dans ce cadre montagnard, nous parlions de politique au moins économique, ne crois-tu pas que la Communauté européenne ne favorise pas cette tendance identitaire ? Ne serait-ce qu'en poussant nos éleveurs ou nos fromagers à avoir des labels identitaires, des appellations contrôlées, etc. C'est aussi dans la politique des parcs naturels régionaux (c'est inscrit dans leurs chartes et repris par leur fédération via la Communauté européenne). L'économique pousse nos vallées à aller plus loin dans l'identitaire ou à y revenir sans pour autant rester cloisonnées et repliées sur elles-mêmes. Comment ça se passe dans les Alpes ?

Louis Dollo, 16 février 2000

Suggestions suite aux coups de gueule
Je vis en Provence, j'aime la Provence, et je revendique ma spécificité provençale sans pour autant pousser cet état d'esprit jusqu'à demander une quelconque autonomie provençale, ce qui serait d'une absurdité totale. Dans la Grèce antique, lorsque l'on évoquait la politique, il était question de s'occuper des affaires de la cité, et le mot politis avait un sens noble : les citoyens s'occupaient des affaires de la cité pour le bien de leur cité ce qui signifiait le bien de chacun. Cette pratique noble de la politique semble s'être diluée dans le nouvel ordre économique mondial où tous les coups sont permis surtout lorsqu'il s'agit de se remplir les poches ! Mais il y a encore, du moins je le pense, des personnes politiques sincères. J'ai des amis généalogistes (provençaux) qui se sont trouvés de nombreuses racines alpines et qui en cherchent souvent les raisons. Ils savent qu'il y a eu, aux environs des XVIIIe et XIXe siècles, d'importantes émigrations des "bas alpins" vers la cote méditerranéenne. Mais en remontant plus loin dans le temps, les raisons restent encore obscures.

Gérard Renon, 16 février 2000

Repli identitaire alpin
Aujourd'hui, tout dans notre société n'est que repli sur soi-même et égoïsme. Chacun se cherche une communauté, s'y enferme puis rejette tous ce qui est différent. Ce phénomène n'est pas propre aux milieux alpins. On le retrouve à l'échelle mondiale, à celle des pays (Serbie, Tchétchénie, Irlande...), à celle des régions (pays basque, Bretagne, Savoie...), on le retrouve dans tous les domaines : politiques, artistiques, économiques, familiaux, professionnels et même en montagne. Les gens passent leur temps à critiquer les autres, à haïr, à protester et à se plaindre. Dès lors, il est obligatoire que certaines personnes récupèrent ces courants à des fins personnelles. Mais pas plus ni moins ici qu'ailleurs ! Peut-être que ce phénomène est plus évident dans les milieux alpins car la culture et le particularisme y sont plus fort qu'ailleurs. Peut-être aussi que le sens de la communauté y a été développé à l'extrême par des siècles de lutte contre un environnement hostile. Quoi qu'il en soit, quel intérêt de critiquer ? Quel intérêt de dénoncer ? Quel intérêt de jeter la pierre ? Quel intérêt de dire "Haider est un nouveau Hitler" ou encore "les savoisiens sont dangereux" ? Ces dénonciations si elles ne sont pas suivies d'actes ne sont que promotion et agitation. Combien de fois a-t-on entendu "Plus jamais les camps de concentration, cela n'arrivera plus, nous ferons tout pour l'empêcher." ? Où étaient ces beaux parleurs quand des "camps" fleurissaient aux portes de l'Europe ou en Asie ? Ces dénonciations n'ont servi à rien. Je crois que si chacun de nous passait moins de temps à critiquer et à dénoncer et plus de temps à essayer de montrer l'exemple, à écouter les différences, à être moins égoïste, à créer quelque chose de positif, alors peut-être que certaines choses changeraient. Lutter contre ceci ou cela, ça commence par être réellement le contraire de ce contre quoi on lutte, tous les jours, chaque minute, dans notre vie professionnelle, sur la route, en montagne, sur cette liste... C'est une pensée un peu simpliste et moralisatrice mais c'est une partie de la réponse. L'autre partie c'est chacun de vous qui la détenez.

Roland Granottier, 17 février 2000

Ta pensée n'est ni simpliste ni moralisatrice. Elle est simplement réaliste. Un grand merci pour cette contribution. Je ne pense pas que la recherche identitaire constitue un danger pour quiconque. Tout dépend de qui la récupère. Mais le problème se pose dans tous les domaines. Pas seulement dans nos vallées alpines ou pyrénéennes. Les Landes sont un plat pays où l'identité est très forte. Et tant mieux : au moins, nous ne sommes pas des clones.

Louis Dollo, 17 février 2000

Suggestions suite aux coups de gueule
Moi aussi, le "repli identitaire" m'interroge. Le mouvement n'est pas spécifique à l'arc alpin. On en trouve des manifestations dans le monde entier, avec des contenus très variés et jusque dans Alpiliste (...) Ce "repli identitaire" n'est pas toujours un repli, n'est pas toujours négatif. La construction d'une identité est même souvent un acte libérateur. Si l'on veut, le soir, au bivouac, on peut lire Le pouvoir de l'identité de Manuel Castells, édité chez Fayard. Même sous les étoiles, ça élargit les horizons sur cette question. Dans les Alpes effectivement, des mouvements régionalistes, véhiculant des idéologies d'exclusion, voire franchement racistes et intolérantes se développent en Autriche, en Italie, en Suisse et en France. Brrr... Ces régions sont aujourd'hui favorisées et ont parfaitement conscience de l'être. Une part de la revendication politique des régionalistes s'appuie d'ailleurs explicitement sur cet aspect (on ne va pas continuer à payer pour les autres). Mais la "faveur" dont bénéficie ces régions n'est pas seulement économique. Elle tient aussi à un cadre naturel exceptionnel et à forte valeur symbolique dont le partage entre montagnards et citadins demeure problématique. En ce sens, le phénomène nous renvoie aussi à notre pratique, largement citadine, de la montagne. Enfin, dans des régions aussi marquées par les échanges, ces mouvements à tendances fascisantes semblent paradoxaux. Mais les échanges des communautés alpines avec l'extérieur n'ont-ils pas souvent eu un aspect paradoxal, comme si les échanges venaient se superposer à la société locale sans vraiment s'y mêler ? Par rapport à ces échanges, les sociétés locales n'ont-elles pas souvent développé des stratégies opportunistes (sans jugement de valeur) tendant à en profiter et à s'en défendre ? Ne peut-on pas lire ainsi une partie de l'histoire de la Suisse et du royaume de Savoie ou encore le phénomène du colportage ? Si oui, cette attitude est-elle spécifique aux communautés alpines ?

Olivier Lacaille, 17 février 2000

Quelques questions : qu'est ce que le repli identitaire ? Comment se manifeste le repli ou la recherche identitaire ? Repli identitaire ou recherche identitaire ? Quelle est la définition de chacun ? Quel est la manifestation de l'identité d'une vallée ou d'une région ? Pourquoi la manifestation identitaire serait elle dangereuse ? La manifestation identitaire a-t-elle systématiquement une connotation de philosophie politique ? La ou les manifestations identitaires sont elles systématiquement de droite, d'extrême-droite, fascistes ou nazies ? La labellisation d'un produit d'une vallée ou d'une région est elle une manifestation identitaire ? L'expression identitaire à travers un musée régionaliste ou plus local présenterait-elle un danger ? Si oui, lequel ? Pour mieux comprendre l'expression universelle de nos philosophes politiques d'AlpiListe, ceux-ci pourraient-ils nous apporter des réponses précises à ces diverses questions afin de mieux éclaircir nos cervelles encombrées (ou creuses) ? Nota : pour un petit sondage, sur deux cents inscrits sur la liste annoncés par le webmestre, combien d'entre eux passent leur temps dans des débats philosophiques au bivouac ? Personnellement je mange et je dors. Pour votre information et pour être complet sur le sujet "débat politique", je vous signale que Pierre Enoff va ouvrir cet été son gîte à Porta (Pyrénées orientales, au pied du col du Puymorens) pour des soirées-débats. Le gîte est confortable, le couvert est tout à fait recommandable, ce n'est pas un bivouac. Jacques Enoff est diplômé de l'école d'Ingénieur de Tarbes, éleveur de chevaux et guide touristique équestre. Vous pouvez visiter son site ou lui écrire. Nous pourrions lui suggérer de débuter ses débats hebdomadaires par le thème : identité ou identités pyrénéenne(s) ? Les effets et les conséquences ? Les implications politiques et économiques.

Louis Dollo, 17 février 2000

Qu'est-ce qui t'arrives, Louis ? Tu te lances dans le débat (et le relances) ? Deviens-tu philosophe ? Fais gaffe, tu vas finir soixante-huitard ;-) Plus sérieusement, j'ai utilisé le terme de "repli identitaire" et non d'identité. Et je tiens beaucoup à ce que la confusion ne se fasse pas. Il y a deux ans environ, j'ai assisté à un fabuleux concert de jazz du festival Banlieues Bleues. Sur scène : Bojan Zulfikarpasic, pianiste né à Belgrade dialoguait, comme seuls les grands du jazz savent le faire, avec un joueur de ney turc. A la guitare électrique, un Croate et à la contrebasse, un Américain. Leur musique : un mélange de piano classique, de chanson turque et de rhapsodie yougoslave. Chacun avec son identité, mais sans une ombre de repli. Au contraire, chacun accueille celui qui prend le chorus avec son identité. Alors pour répondre à tes questions, le repli identitaire commence lorsque l'autre doit avoir la même identité que moi. Manger de la raclette est peut-être un signe d'identité, mais ça commence à devenir gênant lorsque j'impose à ceux qui vivent près de chez moi la raclette tous les jours. Jusqu'à aujourd'hui, les douaniers espagnols ne t'obligent pas à manger de la paella dès que tu franchis un col des Pyrénées !

Patrick Morel, 17 février 2000

Identités tribales
Je me pose une question : la Ligue savoisienne est-elle autant d'extrême droite et xénophobe que les nationalistes autrichiens, suisses ou encore la Ligue du nord italienne ? En effet, j'ai lu qu'ils avaient soutenu le candidat du parti socialiste au Conseil régional Rhône-Alpes alors que les chasseurs (CPNT) avaient voté pour celui de droite. De même, ils avaient rompu tous liens avec la ligue lombarde. Qu'en est-il exactement ? PS : avant de regarder la paille des Autrichiens, souvenons-nous des conseils régionaux gouvernés par les alliances droite-extrême-droite...

Stéphane Vuillard, 19 février 2000


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