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Les débats qui agitent
AlpiListe
La question
autrichienne
AlpiListe est une liste de discussions créée
par Glénat Presse et consacrée à la
montagne dans tous ses états, sportifs, touristiques
et culturels.
Sur les pages qui suivent,
vous pourrez consulter une sélection de contributions
(classées par thème et par ordre
chronologique) postées sur cette liste de
discusssions. Ces messages, envoyés par courriel,
n'ont pas été retouchés en ce qui
concerne l'orthographe, la syntaxe, les titres ou la
grammaire employées par leurs auteurs respectifs...
Les opinions exprimées n'engagent que leurs
auteurs.
Revue de presse
L'article de Luc Rosenzweig paru dans Le Monde du 17
novembre 1999 ("Les colères tenaces des gens des
montagnes") est certes intéressant, mais franchement,
il ne fait pas vraiment avancer le schmilblick... Pourquoi
vouloir à tout prix opposer "l'homo alpinus" et les
"gens du bas", comme dans la fable que l'on apprenait
à l'école : "Le rat des villes et le rat des
champs" ? C'est vrai qu'il est tellement facile de
fonctionner par grandes oppositions, du genre les gens du
Nord et les gens du Sud, les Français et les
étrangers, les MacDo et la tartiflette, les anciens
et les modernes, j'équipe et j'équipe pas,
etc. Que nous dit l'article ? Que les Verts font un bon
score dans certaines communes de montagne. C'est bien ! Mais
faut il pour autant en déduire qu'ils sont
révolutionnaires ? Que "ceux d'en haut" en ont ras le
bol des camions : je croyais plutôt que
c'étaient les gens des vallées
concernées... (à moins que ce ne soient les
gens des vallées d'en haut, ce qui complique la
chose... ;-) Que les habitants des montagnes auraient des
tendances populistes ? S'il n'y avait qu'eux ! Que "ceux
d'en bas" et "ceux d'en haut" seraient
irréconciliables sur les questions de
sécurité et de responsabilité en
montagne ? Les montagnards s'en remettant à la seule
fatalité ? Rassurez nous : il est fini le temps des
ex-voto censés lutter contre les avalanches et que
l'on trouve dans certaines chapelles de montagne. Les
professionnels de la sécurité en montagne,
chercheurs, scientifiques, secouristes, guides et j'en
passe, tous concernés par ces questions, proviennent
autant du "bas"que du "haut"... Bref. L'image du montagnard
bon sauvage mais fruste me semble un peu
dépassée... Pire, c'est en entretenant ce
genre de stéréotype et d'opposition, que l'on
crée les malentendus, les idées reçues
et la xénophobie... Commentaires bienvenus :-)
Olivier Lacaille, 17 novembre 1999
Bravo !
Je pense qu'effectivement il ne faut surtout pas plonger
dans le stéréotype et ce genre d'opposition.
Mais les Alpes, comme certaines autres régions
françaises, ont la chance d'avoir une culture forte
(la revue L'Alpe en est d'ailleurs un superbe témoin,
bravo). Tu cites toi-même, Olivier, la tartiflette,
plat régional à forte personnalité,
à une enseigne qui offre des nourritures nettement
moins typées. Ce que traduit Le Monde par de la
colère, n'est ce pas une manifestation de
défense de cette culture (ces cultures ?).
Pierre Witt, 19 novembre 1999
Revue de presse
Les abominables hommes des neiges osent encore se rebeller
et cela fait réagir le très parisien Le Monde.
Il est normal que des réflexes identitaires
apparaissent quand la centralisation reste pure et dure.
C'est l'Etat centralisateur qui est à l'origine de
ces réactions. Des initiatives comme L'Alpe ou la
renaissance de chaînes locales comme 8 Mont-Blanc (si
le Conseil supérieur de l'audiovisuel le veut bien)
sont à mon avis des remparts très efficaces
contre les intolérances. Des accidents comme celui du
tunnel du mont-Blanc ont créé une situation de
fronde. L'Etat doit jouer son rôle en
protégeant et préservant les habitants des
régions alpines tout comme l'ont fait les
états suisses et autrichien (ferroutage, restrictions
de circulation, etc.). Le seul souci est que l'Etat
français est actionnaire de bon nombre de
sociétés de transport routier via la SNCF, ce
qui explique pourquoi cette dernière n'est pas
motivée par le ferroutage). Partout la montagne
devient une sorte de Luna Park, un Disneyworld des neiges
conçu pour l'aventurier des temps modernes ou le
freerider (dernière invention des hommes de marketing
pour donner un nouveau souffle à un marché qui
s'essoufflait). Ce coté "parc d'attraction" est voulu
et souhaité par des groupes comme la Compagnie des
Alpes... La mondialisation laisse aussi sa trace en
montagne. Ne faisons pas de mauvais procès aux
peuples des Alpes qui de tous temps ont montré leur
modération et leur ouverture d'esprit quand les
racines du mal sont ailleurs... La prochaine fois je
parlerai de neige et de ski, mais j'avais besoin de
réguler une petite poussée urticante...
Jean-Christophe Roumailhac, 23 novembre
1999
L'alpe brune ?
Allez-vous traiter des "crétins" dans le
numéro que vous préparez consacré aux
bestiaires des Alpes. J'entends par là les individus
brunâtres qui revendiquent l'alpe pour leur usage
unique : Umberto Bossi, Jörg Haider, ligue savoisienne,
etc. (ce petit etc. m'arrache les tripes).
Patrick Morel, 14 février 2000
Ma réaction aux événements
autrichiens est "nulle" : je m'abstiendrai silencieusement
d'aller grimper, faire de la montagne et (surtout)
dépenser de l'argent en Autriche, pour les
mêmes raisons que j'ai attendu la mort de Franco pour
mettre les pieds en Espagne.
Daniel Taupin, 14 février 2000
Coup de gueule
Je suis surpris que sur ce type de liste on nous casse les
c... avec des histoires de publicité et de politique.
On est bien loin de la montagne mais puisque ce type de
dialogue semble beaucoup plus intéresser les
philosophes de la montagne que la pratique elle même,
allons-y. Sur ces points-là aussi, j'ai de la
matière. (...) Quelle drôle d'idée de
vouloir parler politique. Je n'y vois aucun
intérêt ici, mais ça ne me
dérange pas. Je constate avec beaucoup de
déception que tous nos intellectuels de la liste
parlent comme de bons "prolos" tenant le zinc d'un bar en
refaisant le monde. En fait, j'ai le sentiment que certains
d'entre vous n'ont pas beaucoup évolué depuis
1968. Il faudrait peut être avant tout définir
ce qu'est la liberté, la démocratie, l'esprit
républicain, etc. Vous aborder le sujet de l'Autriche
un peu n'importe comment. L'Autriche est un pays
démocratique qui a élu démocratiquement
ses représentants. De quel droit doit on remettre en
cause le choix du peuple. Et si l'Autriche remettait en
cause nos choix de Français ? La démocratie
à ses travers mais doit-on pour autant la remettre en
cause et accepter des dictatures ? Je sais que sur cette
liste, certains préfèrent Staline, responsable
de génocides (au pluriel) au même titre qu'un
Hitler (d'ailleurs les deux ont su un temps s'entendre pour
anéantir des pays comme la Pologne et quelques
autres) plutôt qu'une démocratie où
l'idiot du village ou le sénile de la maison de
retraite a le même droit de vote que l'intellectuel
éclairé. Partant de là tous les abus
sont possibles. Qu'est ce qui manque en fait ? C'est
l'esprit républicain : liberté,
égalité et fraternité. De ça,
personne ne parle. Evidemment, la liberté
dérange. On le voit même sur cette liste. La
liberté de parole est remise en cause par certains
listiers (toujours les mêmes d'ailleurs) parce qu'il
est inconvenant de sortir d'un moule fabriqué par
eux-mêmes. Alors on crée des règles
comme la Nétiquette (c'est quoi cette connerie ?),
des statuts (de fonctionnaire bien sûr : virez-les
tous !), des règlements, des codes connus ou
inconnus, une éthique (c'est quoi ce machin ? Un truc
pour ne pas utiliser du pof ici ou là ?) Vous ne
croyez pas qu'il y en a marre de toute votre masturbation
intellectuelle ? Allez en montagne en toute liberté
et vivez libre !
Louis Dollo, 15 février 2000
Louis, tu es sûr de ne pas manquer d'iode ;-)
Plutôt que la montagne où, tu le sais, l'homme
perd de ses capacités en montant en altitude (enfin
il faut monter quand même assez haut...), je te
conseille une semaine de vacances au bord de la mer. Parlons
de tes petits agacements, Louis. Personnellement, la pub je
m'en fous (c'est visiblement mal, mais j'ai accepté
ces petites compromissions depuis un certain temps) et je ne
fais pas parti des soixante-huitards, mes parents m'ayant
fait naître une année érotique. Bref je
suis un être quasi-parfait et nous sommes donc fait
pour nous entendre. Seule ombre au tableau, un Autrichien.
Tu sais, un de ceux qui aiment leurs sommets blancs, leurs
alpages verts et leurs chemises brunes. C'est vrai
qu'AlpiListe est un espace de communication (avec ses
règles : par exemple, les baffes sont interdites, les
écrans ne le supporteraient pas...) consacré
à la montagne. Mais Jörg habite à la
montagne et ça m'embête un peu. Alors je suis
monté sur un sommet (virtuel, sinon j'ai mal aux
pieds rapidement) et j'ai vu Umberto Bossi aux pieds des
Alpes italiennes. L'un des dirigeants de la Ligue du Nord a
proposé de prendre les empreintes digitales des
mains... et des pieds des immigrés. Encore des mecs
qui ont peur que ces derniers se fassent des ampoules en
traversant les cols alpins à pieds ! En me penchant
côté allemand, les nostalgiques de l'Union du
peuple allemand (DVU) faisaient une randonnée en
Bavière en chantant des tubes des années 40.
En Suisse, Christoph Blocher, dont l'Union
démocratique du centre est arrivé en
tête aux élections fédérales en
octobre 1999, se faisait pousser la mèche et la
moustache sur une vire dans une belle voie de l'Oberland
bernois. Alors, pour me remonter le moral je me suis
tourné vers mon coin de paradis (la Haute-Savoie) et
là, horreur ! Les cagots, les fameux crétins
des Alpes venaient d'ouvrir un site Internet pour vanter
l'air "pur" de la Savoie indépendante (ne comptez pas
sur moi pour vous donner l'adresse, j'aime pas la pub et
puis c'est interdit de dire des gros mots sur Alpiliste).
Alors là, les montagnes venaient d'en prendre un
sacré coup derrière les oreilles.
Assiégées qu'elles étaient ! Et, cerise
sur le gâteau, Louis, tu rentres de vacances et tu
commences à piquer un de tes fameux coups de gueule.
D'habitude, tes courriels me font marrer, mais cette fois
ça sentais le rance, le retour de rando avec les
chaussettes qui ont servi plusieurs jours. Ça sentait
pas bon. Alors, aujourd'hui je me sens obligé de te
rappeler qu'Adolf Hitler est arrivé aux pouvoirs par
les urnes, mais que cela n'en a pas fait pour autant un
gentil garçon. En septembre 1995, devant un parterre
de la fine fleur des combattants de la seconde guerre
mondiale, parmi lesquels se trouvaient d'anciens Waffen SS,
Jörg Haider a déclaré : "Il existe encore
des gens honnêtes, des hommes de caractère,
fidèles à leurs convictions ; en dépit
des oppositions, ils sont restés fidèles
à leurs convictions jusqu'à aujourd'hui."
(source : L'Express du 10 février) Et ça,
Louis, ça me bloque. J'ai envie de chausser les
tricounis à grand-père pour aller lui botter
le train. Et ça se passe dans les Alpes ! Alors de
même qu'on peut parler de la politique des transports
alpins et des camions qui empuantissent les vallées
sur AlpiListe, on peut parler des "crétins des Alpes"
qui salopent l'esprit des alpages. Et la montagne dans tout
ça ? Et bien, il serait intéressant de
s'interroger : qu'est-ce que l'alpe des Glières et du
Vercors représente aujourd'hui ? Personnellement,
j'ai toujours pensé qu'au-delà de la
forteresse de pierre, le maquis des Glières
étant une forteresse morale. Que cette barre rocheuse
était l'incarnation indestructible des valeurs de
ceux qui s'y sont cachés : ne jamais se plier
à l'abjection. Ça fait un joli sujet de
réflexion pour ceux qui aime la montagne et ses
valeurs.
Patrick Morel, 15 février 2000
Suggestions suite aux coups de
gueule
La montagne n'est peut-être pas uniquement un espace
physique. Elle est aussi un espace humain avec tous les
aspects que cela comporte (le poétique, le politique,
l'économique, le sportif, etc.). Je pense qu'un grand
nombre d'abonnés de cette liste sont aussi lecteur de
L'Alpe et que l'objectif de cette espace de communication
est simplement de permettre à toutes les approches de
la montagne de s'exprimer comme dans cette revue. Dans le
numéro consacré à la transhumance,
l'article de prospective sur les transports alpins
était... politique. Parce que l'alpe est aussi une
réalité politique (et politique n'a pas
toujours un sens péjoratif et partisan). Bref, je
pense qu'un échange de vues sur la politique (pas
à coups de baffes, évidemment ;-) n'est pas
forcément hors sujet sur cette liste. (...) J'ai une
montagne rêvée que je veux idéale. Mais
mon rêve est rattrapé par la
réalité. J'ai été surpris de
constater que les idées discutables de la Ligue
savoisienne faisaient un carton dans mon coin de paradis. Ce
qui m'intéresse aujourd'hui sur cette liste, c'est
que d'autres apportent un avis sur cette montée du
repli identitaire alpin. Et ça nous concerne tous,
même Louis qui se fout de "l'éthique en toc, du
spit et du pof" ;-). Juste pour mémoire, certaines
conquêtes de l'alpinisme ont été
réalisées dans un contexte historique
très particulier. Un historien de l'alpinisme
pourrait peut-être nous rafraîchir la
mémoire ? Comment se fait-il que, dans les pays de
l'arc alpin, se développe un repli identitaire sur
"les bonnes vieilles valeurs de nos vallées" comme on
l'entend en Haute-Savoie, en Italie, en Suisse ou en
Autriche. Alors que justement les Alpins ont souvent
été des populations qui émigraient ?
Voilà quelques questions qui m'intéressent.
Suis-je le seul ?
Patrick Morel, 16 février 2000
La recherche identitaire de nos
vallées
Il y a longtemps que, dans les Pyrénées, nous
connaissons les effets du repli identitaire. Il n'a, en
fait, jamais disparu et il existe jusque dans les fond des
vallées. On peut même dire que chaque
vallée constitue à elle seule un repli
identitaire. Qui connait les fondements de la
république toy, une des premières
démocraties (en ce sens que chacun pouvait voter) et
qui existe encore à travers la
propriété des terrains de montagne (les
communes ne sont pas propriétaires) et une commission
dite "des vallées de Barèges" (il y a la
même chose à Cauterets à partir des
restes de l'abbaye de Saint-Savin) ayant des accords
transfrontaliers avec l'Espagne (rio Ara) ? Les
représentants de l'Etat français ne sont, dans
cette affaire, que des observateurs depuis le Moyen
Âge. Lorsqu'un ministre vient en visite dans les
Hautes-Pyrénées, le président du
Conseil général lui dit
systématiquement : "La Bigorre est heureuse
d'accueillir sur ses terres un représentant de la
France". Et nous sommes dans un fief radical-socialiste. Et
je ne parle pas du pays basque qui, encore une fois, demande
à être séparé du Béarn et
de la Catalogne qui ne s'est jamais vraiment
préoccupée de l'existence d'une
frontière au Sud. Ce n'est pas pour autant que ces
idées sont préoccupantes. Je ne connais pas la
Ligue savoyarde ni les idées qu'elle répand
mais, vu des Pyrénées, ça
n'apparaît pas vraiment comme un malheur. Ce sont des
choses courantes chez nous (et je ne suis pas originaire des
Pyrénées) et qui font partie de l'histoire des
Pyrénées. Pourtant, les Basques se sont
beaucoup expatriés et encore aujourd'hui. Les
Pyrénées ont toujours connu ces replis
identitaires avec néanmoins une forte identité
pyrénéenne de part et d'autres de la
chaîne. Certains parlent de peuples basque,
béarnais, bigourdan, luchonais, ariégeois
(Couseran) et catalan du côté nord et de
basque, navarrais, aragonais et catalan du côté
sud. J'invite à lire la littérature
pyrénéenne, à visiter le musée
pyrénéen au château de Lourdes, à
lire tout ce qui touche à la croisade des Albigeois
par Simon de Montfort, pour comprendre que la chaîne
pyrénéenne ne s'est jamais vraiment
identifiée à la France jusqu'à
Napoléon et le régiment de Bigorre. Ce n'est
pas pour autant que la situation est dramatique. Elle se vit
bien et j'avoue ne pas très bien comprendre tes
inquiétudes de recherche identitaire dans les
vallées alpines. Puisque tu veux que dans ce cadre
montagnard, nous parlions de politique au moins
économique, ne crois-tu pas que la Communauté
européenne ne favorise pas cette tendance identitaire
? Ne serait-ce qu'en poussant nos éleveurs ou nos
fromagers à avoir des labels identitaires, des
appellations contrôlées, etc. C'est aussi dans
la politique des parcs naturels régionaux (c'est
inscrit dans leurs chartes et repris par leur
fédération via la Communauté
européenne). L'économique pousse nos
vallées à aller plus loin dans l'identitaire
ou à y revenir sans pour autant rester
cloisonnées et repliées sur elles-mêmes.
Comment ça se passe dans les Alpes ?
Louis Dollo, 16 février 2000
Suggestions suite aux coups de
gueule
Je vis en Provence, j'aime la Provence, et je revendique ma
spécificité provençale sans pour autant
pousser cet état d'esprit jusqu'à demander une
quelconque autonomie provençale, ce qui serait d'une
absurdité totale. Dans la Grèce antique,
lorsque l'on évoquait la politique, il était
question de s'occuper des affaires de la cité, et le
mot politis avait un sens noble : les citoyens s'occupaient
des affaires de la cité pour le bien de leur
cité ce qui signifiait le bien de chacun. Cette
pratique noble de la politique semble s'être
diluée dans le nouvel ordre économique mondial
où tous les coups sont permis surtout lorsqu'il
s'agit de se remplir les poches ! Mais il y a encore, du
moins je le pense, des personnes politiques sincères.
J'ai des amis généalogistes
(provençaux) qui se sont trouvés de nombreuses
racines alpines et qui en cherchent souvent les raisons. Ils
savent qu'il y a eu, aux environs des XVIIIe et XIXe
siècles, d'importantes émigrations des "bas
alpins" vers la cote méditerranéenne. Mais en
remontant plus loin dans le temps, les raisons restent
encore obscures.
Gérard Renon, 16 février
2000
Repli identitaire alpin
Aujourd'hui, tout dans notre société n'est que
repli sur soi-même et égoïsme. Chacun se
cherche une communauté, s'y enferme puis rejette tous
ce qui est différent. Ce phénomène
n'est pas propre aux milieux alpins. On le retrouve à
l'échelle mondiale, à celle des pays (Serbie,
Tchétchénie, Irlande...), à celle des
régions (pays basque, Bretagne, Savoie...), on le
retrouve dans tous les domaines : politiques, artistiques,
économiques, familiaux, professionnels et même
en montagne. Les gens passent leur temps à critiquer
les autres, à haïr, à protester et
à se plaindre. Dès lors, il est obligatoire
que certaines personnes récupèrent ces
courants à des fins personnelles. Mais pas plus ni
moins ici qu'ailleurs ! Peut-être que ce
phénomène est plus évident dans les
milieux alpins car la culture et le particularisme y sont
plus fort qu'ailleurs. Peut-être aussi que le sens de
la communauté y a été
développé à l'extrême par des
siècles de lutte contre un environnement hostile.
Quoi qu'il en soit, quel intérêt de critiquer ?
Quel intérêt de dénoncer ? Quel
intérêt de jeter la pierre ? Quel
intérêt de dire "Haider est un nouveau Hitler"
ou encore "les savoisiens sont dangereux" ? Ces
dénonciations si elles ne sont pas suivies d'actes ne
sont que promotion et agitation. Combien de fois a-t-on
entendu "Plus jamais les camps de concentration, cela
n'arrivera plus, nous ferons tout pour l'empêcher." ?
Où étaient ces beaux parleurs quand des
"camps" fleurissaient aux portes de l'Europe ou en Asie ?
Ces dénonciations n'ont servi à rien. Je crois
que si chacun de nous passait moins de temps à
critiquer et à dénoncer et plus de temps
à essayer de montrer l'exemple, à
écouter les différences, à être
moins égoïste, à créer quelque
chose de positif, alors peut-être que certaines choses
changeraient. Lutter contre ceci ou cela, ça commence
par être réellement le contraire de ce contre
quoi on lutte, tous les jours, chaque minute, dans notre vie
professionnelle, sur la route, en montagne, sur cette
liste... C'est une pensée un peu simpliste et
moralisatrice mais c'est une partie de la réponse.
L'autre partie c'est chacun de vous qui la détenez.
Roland Granottier, 17 février
2000
Ta pensée n'est ni simpliste ni moralisatrice.
Elle est simplement réaliste. Un grand merci pour
cette contribution. Je ne pense pas que la recherche
identitaire constitue un danger pour quiconque. Tout
dépend de qui la récupère. Mais le
problème se pose dans tous les domaines. Pas
seulement dans nos vallées alpines ou
pyrénéennes. Les Landes sont un plat pays
où l'identité est très forte. Et tant
mieux : au moins, nous ne sommes pas des clones.
Louis Dollo, 17 février 2000
Suggestions suite aux coups de
gueule
Moi aussi, le "repli identitaire" m'interroge. Le mouvement
n'est pas spécifique à l'arc alpin. On en
trouve des manifestations dans le monde entier, avec des
contenus très variés et jusque dans Alpiliste
(...) Ce "repli identitaire" n'est pas toujours un repli,
n'est pas toujours négatif. La construction d'une
identité est même souvent un acte
libérateur. Si l'on veut, le soir, au bivouac, on
peut lire Le pouvoir de l'identité de Manuel
Castells, édité chez Fayard. Même sous
les étoiles, ça élargit les horizons
sur cette question. Dans les Alpes effectivement, des
mouvements régionalistes, véhiculant des
idéologies d'exclusion, voire franchement racistes et
intolérantes se développent en Autriche, en
Italie, en Suisse et en France. Brrr... Ces régions
sont aujourd'hui favorisées et ont parfaitement
conscience de l'être. Une part de la revendication
politique des régionalistes s'appuie d'ailleurs
explicitement sur cet aspect (on ne va pas continuer
à payer pour les autres). Mais la "faveur" dont
bénéficie ces régions n'est pas
seulement économique. Elle tient aussi à un
cadre naturel exceptionnel et à forte valeur
symbolique dont le partage entre montagnards et citadins
demeure problématique. En ce sens, le
phénomène nous renvoie aussi à notre
pratique, largement citadine, de la montagne. Enfin, dans
des régions aussi marquées par les
échanges, ces mouvements à tendances
fascisantes semblent paradoxaux. Mais les échanges
des communautés alpines avec l'extérieur
n'ont-ils pas souvent eu un aspect paradoxal, comme si les
échanges venaient se superposer à la
société locale sans vraiment s'y mêler ?
Par rapport à ces échanges, les
sociétés locales n'ont-elles pas souvent
développé des stratégies opportunistes
(sans jugement de valeur) tendant à en profiter et
à s'en défendre ? Ne peut-on pas lire ainsi
une partie de l'histoire de la Suisse et du royaume de
Savoie ou encore le phénomène du colportage ?
Si oui, cette attitude est-elle spécifique aux
communautés alpines ?
Olivier Lacaille, 17 février
2000
Quelques questions : qu'est ce que le repli identitaire ?
Comment se manifeste le repli ou la recherche identitaire ?
Repli identitaire ou recherche identitaire ? Quelle est la
définition de chacun ? Quel est la manifestation de
l'identité d'une vallée ou d'une région
? Pourquoi la manifestation identitaire serait elle
dangereuse ? La manifestation identitaire a-t-elle
systématiquement une connotation de philosophie
politique ? La ou les manifestations identitaires sont elles
systématiquement de droite, d'extrême-droite,
fascistes ou nazies ? La labellisation d'un produit d'une
vallée ou d'une région est elle une
manifestation identitaire ? L'expression identitaire
à travers un musée régionaliste ou plus
local présenterait-elle un danger ? Si oui, lequel ?
Pour mieux comprendre l'expression universelle de nos
philosophes politiques d'AlpiListe, ceux-ci pourraient-ils
nous apporter des réponses précises à
ces diverses questions afin de mieux éclaircir nos
cervelles encombrées (ou creuses) ? Nota : pour un
petit sondage, sur deux cents inscrits sur la liste
annoncés par le webmestre, combien d'entre eux
passent leur temps dans des débats philosophiques au
bivouac ? Personnellement je mange et je dors. Pour votre
information et pour être complet sur le sujet
"débat politique", je vous signale que Pierre Enoff
va ouvrir cet été son gîte à
Porta (Pyrénées orientales, au pied du col du
Puymorens) pour des soirées-débats. Le
gîte est confortable, le couvert est tout à
fait recommandable, ce n'est pas un bivouac. Jacques Enoff
est diplômé de l'école
d'Ingénieur de Tarbes, éleveur de chevaux et
guide touristique équestre. Vous pouvez visiter
son
site ou lui
écrire. Nous pourrions lui suggérer de
débuter ses débats hebdomadaires par le
thème : identité ou identités
pyrénéenne(s) ? Les effets et les
conséquences ? Les implications politiques et
économiques.
Louis Dollo, 17 février 2000
Qu'est-ce qui t'arrives, Louis ? Tu te lances dans le
débat (et le relances) ? Deviens-tu philosophe ? Fais
gaffe, tu vas finir soixante-huitard ;-) Plus
sérieusement, j'ai utilisé le terme de "repli
identitaire" et non d'identité. Et je tiens beaucoup
à ce que la confusion ne se fasse pas. Il y a deux
ans environ, j'ai assisté à un fabuleux
concert de jazz du festival Banlieues Bleues. Sur
scène : Bojan Zulfikarpasic, pianiste né
à Belgrade dialoguait, comme seuls les grands du jazz
savent le faire, avec un joueur de ney turc. A la guitare
électrique, un Croate et à la contrebasse, un
Américain. Leur musique : un mélange de piano
classique, de chanson turque et de rhapsodie yougoslave.
Chacun avec son identité, mais sans une ombre de
repli. Au contraire, chacun accueille celui qui prend le
chorus avec son identité. Alors pour répondre
à tes questions, le repli identitaire commence
lorsque l'autre doit avoir la même identité que
moi. Manger de la raclette est peut-être un signe
d'identité, mais ça commence à devenir
gênant lorsque j'impose à ceux qui vivent
près de chez moi la raclette tous les jours.
Jusqu'à aujourd'hui, les douaniers espagnols ne
t'obligent pas à manger de la paella dès que
tu franchis un col des Pyrénées !
Patrick Morel, 17 février 2000
Identités
tribales
Je me pose une question : la Ligue savoisienne est-elle
autant d'extrême droite et xénophobe que les
nationalistes autrichiens, suisses ou encore la Ligue du
nord italienne ? En effet, j'ai lu qu'ils avaient soutenu le
candidat du parti socialiste au Conseil régional
Rhône-Alpes alors que les chasseurs (CPNT) avaient
voté pour celui de droite. De même, ils avaient
rompu tous liens avec la ligue lombarde. Qu'en est-il
exactement ? PS : avant de regarder la paille des
Autrichiens, souvenons-nous des conseils régionaux
gouvernés par les alliances
droite-extrême-droite...
Stéphane Vuillard, 19
février 2000
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Cartographie
(20 messages, 11 auteurs, du 21
octobre au 17 décembre 1999)
Toponymie
(18 messages, 8 auteurs, du 19 au
22 février 2000)
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(10 messages, 7 auteurs, du 7
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L'abécédaire de l'alpe
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